Site du SNESDans le prolongement de l’enseignement scientifique "La main à la pâte" mis en œuvre dans le primaire depuis une dizaine d’années, le Ministère vient de publier la circulaire de mise en place de l’Enseignement Intégré des Sciences et Technologie au B.O. de juin 2011 qui reprend et affirme les orientations du "Plan sciences" présentées par Luc CHATEL dans le BO n°10 du 10 mars 2011 « Une nouvelle ambition pour les sciences et les technologies à l’École ».
Une expérimentation était en cours, en collaboration avec l’Académie des Sciences et l’Académie de Technologie, en classe de 6ème et de 5ème, dans une cinquantaine d’établissements.
La phase expérimentale a vécu : la circulaire de mise en œuvre de l’EIST en classe de 6ème est parue au B.O. n° 26 du 30 juin 2011.
Principe de l’EIST Modalités de mise en place Les critiques du dispositif Les propositions du Snes
Le principe de l’Enseignement Intégré des Sciences et Technologie (EIST) repose sur :
la mise en place d’une équipe pédagogique constituée d’un professeur de sciences physiques et chimiques, d’un professeur de sciences de la vie et de la Terre et d’un professeur de technologie, sur la base (théorique !) du volontariat (nécessité d’un vote favorable du conseil d’administration du collège),
cette équipe élabore en commun un projet interdisciplinaire couvrant les programmes disciplinaires du niveau concerné (pendant la phase expérimentale, chaque enseignant disposait d’une heure de concertation rémunérée),
l’enseignement pluridisciplinaire est effectué par un seul enseignement sur l’ensemble de l’horaire et sur l’ensemble de l’année,
pour les classes de plus de 20 élèves (le contraire existe-t-il encore ?!), il est nécessaire de réaliser des groupes de moins de 20 élèves (par exemple 3 groupes pour 2 classes),
l’organisation horaire sur la semaine est laissée à la liberté de l’établissement.
En 6ème, horaire élève est étendu à 3h30 ; il est de 4h30 en 5ème, correspondant à la somme des horaires de sciences et de technologie. Dans l’état actuel des choses, il n’a pas vocation à être étendu aux niveaux supérieurs…
Modalités de mise en place de l’EIST
Lors de la présentation par Luc CHATEL d’« Une nouvelle ambition pour les sciences et les technologies à l’École », nous avions interprété l’information du développement de l’EIST sous la forme d’un "dispositif", comme la volonté de contourner l’écueil que représentait l’obligation de limiter à cinq années la durée de toutes les expérimentations faites dans le cadre de l’article 34 (voir rappel pour mémoire). La circulaire parue au BO n°26 du 30 juin 2011 vient contredire cette idée et devrait imposer l’interruption de l’EIST dès la rentrée prochaine aux premiers établissements expérimentateurs.
Cette circulaire n’est donc qu’une nouvelle invitation à suivre les orientations prônées par le ministère qui, en contre partie, ne s’engage qu’à "accompagner" les établissements et les équipes pédagogiques. L’EIST reste une expérimentation régie par l’article 34 et à ce titre le vote en CA est indispensable. On voit mal alors comment la mise en œuvre de ce dispositif pourrait être imposée à des collègues qui ne seraient pas volontaires. Les hésitations de la Direction générale de l’enseignement scolaire se justifient certainement par le fait que le ministère ne dispose même plus des moyens nécessaires aux 400 établissements évoqués par Luc CHATEL. Comme rien n’est plus réellement cadré, ni les effectifs, ni les temps de concertation pourtant indispensables, le recours à l’article 34 invitera chaque établissement à se débrouiller avec la DHG dont il dispose. On comprend mieux alors l’intérêt qu’il y a pour le ministre à promouvoir en priorité l’EIST dans les établissements ECLAIR soit-disant déjà richement dotés (? !!) dont le caractère complètement dérégulé de leur gestion permet toutes les dérives et où les enseignants seront plus facilement contraints par une lettre de mission. Il faut noter que ces établissements peinent à recruter, chaque année, des titulaires volontaires !!! Toutes les évaluations concordantes dont nous disposons restent incapables de faire apparaître une quelconque efficacité des expérimentations réalisées, le manque d’intérêt général pour les enseignements scientifiques n’est pas bousculé et seuls les effectifs allégés et la durée plus importante des séances sont reconnus comme la source d’un certain confort par les enseignants et les élèves. Cela n’empêche pourtant pas la DGESCO de justifier l’actuelle réforme de l’enseignement scientifique en lycée par cette "formidable réussite".
Pour mémoire :
L’article 34 Article L401-1 Sous réserve de l’autorisation préalable des autorités académiques, le projet d’école ou d’établissement peut prévoir la réalisation d’expérimentations, pour une durée maximum de cinq ans, portant sur l’enseignement des disciplines, l’interdisciplinarité, l’organisation pédagogique de la classe, de l’école ou de l’établissement, la coopération avec les partenaires du système éducatif, les échanges ou le jumelage avec des établissements étrangers d’enseignement scolaire. Ces expérimentations font l’objet d’une évaluation annuelle.
Le projet d’expérimentation doit avoir été préalablement approuvé par l’autorité académique. Il est ensuite intégré au projet d’établissement avant son adoption par le conseil d’administration. L’évaluation annuelle est obligatoire et l’expérimentation ne peut être prolongée au delà de 5 ans.
Le Snes s’oppose à la généralisation de ce dispositif (ex expérimentation) :
il est généralisé sans qu’aucune évaluation sérieuse de l’expérimentation n’ait été publiée : les seules évaluations disponibles dans un rapport de 2009 font état que "les élèves ne sont pas moins bon qu’avec un enseignement classique…", "ils ont davantage le sourire en salle de sciences…", ce qui paraît un peu léger) ;
le volontariat, entériné par un vote au C.A. pour ajouter ce dispositif pédagogique au projet d’établissement, est souvent mis à mal par des pressions diverses (fermeture de postes, compléments de services…) ;
pas de formation des collègues, et difficultés importantes d’enseigner des disciplines non maitrisées ;
perte de contenu disciplinaire, enseignement de seules "capacités" vides de contenus...
... en lien étroit avec les consignes minimalistes du socle et de l’évaluation du Livret Personnel de Compétences ;
normalisation de l’enseignement par application quasi-exclusive de la démarche d’investigation ;
place contre productive de la Technologie dans la démarche d’investigation, par modification/dénaturation de son programme pour "coller" au dispositif, en faisant disparaitre sa spécificité disciplinaire ;
risques de dérive vers la bi-, voire la trivalence ;
mise en route très lourde et chronophage - l’heure de concertation octroyée lors de la phase expérimentale disparait ;
incitations aux partenariats privés (C’Génial=L’Oréal, Renault...) et à l’externalisation de l’enseignement.
Relativement alléchant pour certains collègues lorsqu’il était expérimental du fait des moyens donnés (horaires abondés, groupes, heure de concertation), le dispositif perd de son attractivité s’il faut le mettre en œuvre à moyens constants - de nombreuses équipes, pourtant volontaires, le quittent, ce qui est symptomatique.
On ne peut effectivement pas nier les attraits (surtout dans les petits collèges) du maintient sur un seul établissement et/ou de la diminution du nombre de groupes associé à une augmentation horaire devant ceux-ci. Il peut être présenté comme une solution permettant d’éviter un complément de service. Mais il faut bien garder en tête l’aspect provisoire et aléatoire de ce type de solution.
Propositions du Snes
Le SNES soutient les expérimentations lancées par les collègues dans le cadre de l’article L 401-1du code de l’éducation. Mais ce dispositif, issu d’une initiative de l’académie des sciences, reste une mauvaise réponse à une question mal posée. La revalorisation de l’enseignement des sciences passe d’abord par celle des conditions d’étude pour les élèves, et d’exercice pour les enseignants :
repenser les contenus d’enseignement scientifiques et technologiques, sans les dénaturer en les articulant mieux entre eux, afin de permettre aux élèves de s’approprier un savoir cohérent ;
donner aux établissements les moyens pour travailler en groupe allégés, sur des plages horaires décentes ;
donner aux personnels du temps de concertation.