20 octobre 2004
Les textes qui suivent et les propositions qu’ils présentent ont l’ambition d’offrir aux collèges des responsabilités nouvelles pour préparer la mise en oeuvre des décisions que le ministre sera amené à prendre à l’issue des travaux de la commission Legrand. Leur succès dépendra en effet largement du climat que l’on aura su instaurer préalablement dans les établissements.
...
3. AUTONOMIE DE L’ÉLÈVE ET CDI
Par les conditions et les moments de travail qu’il offre, travail individuel ou travail d’équipe, le CDI répond au besoin d’autonomie de l’adolescent et lui donne l’occasion d’être responsable (de lui-même ou d’un groupe) et d’agir (recherche et mise en oeuvre). Cette éducation de l’autonomie suppose une action suivie de la Sixième à la Troisième, concertée entre le principal, le documentaliste et les professeurs. Elle devrait trouver sa première expression, dans la mesure où c’est possible, dans une initiation méthodique des élèves de Sixième aux techniques documentaires ; cette initiation serait conduite, selon un programme et des techniques élaborés, à raison d’une heure ou d’une demi-heure par semaine ou par quinzaine, ou selon les possibilités offertes par l’aménagement du temps scolaire, en fonction du nombre de classes de Sixième et des possibilités qu’offrent les locaux. Cette action s’intégrera au travail habituel du documentaliste.
Pour être méthodique, cet apprentissage, reposant sur une collaboration documentaliste-professeur, devrait figurer à l’emploi du temps des élèves de Sixième avec séances de formation complémentaire ou de rappel dans les classes suivantes.
L’objectif à atteindre est simple : que l’élève soit pleinement autonome au CDI, donc capable de travailler seul, dès la fin de la Cinquième, si ce n’est dès la fin de la Sixième. On peut rejoindre l’action permanente d’orientation qui s’intègre à la vie éducative, dès la Cinquième, par une formation utilisant les documents ONISEP et la constitution par chaque élève de son propre dossier documentaire en vue de l’élaboration d’un projet de devenir.
Dans les établissements non encore dotés de CDI ou de poste de documentaliste, une telle action peut se concevoir dans le cadre des enseignements compte tenu des méthodes et techniques de professeurs volontaires pour cette tâche.
Soulignons que l’" autonomie de l’élève " ne signifie pas " abandon de l’élève à lui-même ". Cette action éducative et pédagogique donne toute sa valeur à une relation d’aide qui peut se concevoir soit entre maîtres et élèves, soit entre élèves. Elle exige aussi que l’on conçoive un régime éducatif qui ne repose pas que sur un système de contrôle à base de permissions et de sanctions.
Ces propositions d’action éducative concernent tous les élèves de toutes les classes du collège et prennent une valeur particulière pour les sections d’éducation spécialisée.
Apprentissage de la responsabilité et apprentissage de l’autonomie vont de pair, ce qui implique échanges et réflexions en commun entre le principal, ses collaborateurs, le personnel enseignant et les parents.
Ce texte et les annexes qui suivent veulent être incitation et orientation quant à la politique éducative que doit se donner chaque collège. Ils répondent au souci d’un réel épanouissement des adolescents et de la réussite de chacun, en prenant en compte toutes ses possibilités.
La vie scolaire dans les collèges peut ainsi acquérir une expression nouvelle. Dans la mise au point des initiatives et des décisions, au-delà de la concertation, le rôle du conseil d’établissement et des commissions qui en procèdent s’affirme déterminant.
Une politique éducative cohérente ainsi élaborée, telle que ces textes la proposent, conduit à créer un climat d’ordre et de travail, par la liberté et l’initiative, la participation et la responsabilité.
La relation entre jeunes et adultes, au sein du collège, peut alors s’exprimer, au-delà du règlement intérieur traditionnel, par un contrat éducatif commun à tous les membres de la communauté scolaire.
On devrait également aboutir à un projet de collège : chaque collège, après l’analyse de ses propres données et besoins, peut alors se doter d’un projet d’établissement sur le plan éducatif, première étape de sa rénovation et première expression de son autonomie.
(...) Annexe III
TROIS SUPPORTS DE L’ACTION ÉDUCATIVE
L’action éducative au collège doit conduire, d’une part sur le plan individuel, à l’épanouissement de chaque élève, d’autre part sur le plan collectif, à sa participation à la vie de groupe et à la vie associative.
Par sa dynamique, son intensité et la diversité de ses expressions, elle conditionne la valeur d’un travail méthodique et ordonné.
Parmi les différents supports d’impulsion dont elle peut bénéficier, trois institutions devraient avoir leur place dans tout collège : le foyer socio-éducatif et l’association sportive dont la mise en place incombe au collège et aux animateurs de la vie scolaire et de la vie sportive, le CDI dont la généralisation au collège devrait intervenir dans les années qui viennent.
(...) 1. Le foyer socio-éducatif 2. L’association sportive (...) 3. Le centre de documentation et d’information
Le centre de documentation et d’information est un support fondamental de l’action éducative qui se confond, alors, avec l’action proprement pédagogique. Dans un avenir proche, tous les établissements devront en être dotés.
Par son organisation et sa vie interne, il doit être, lui aussi, école de responsabilité et d’autonomie sur le plan de l’individu et sur le plan du groupe.
C’est pourquoi il doit accueillir facilement, sans règle contraignante autre que celle du travail et de l’ordre ; par là, il est également école de respect des autres et du bien collectif.
Le rôle éducatif du CDI rejoint son rôle pédagogique : le documentaliste fait acte d’éducateur au sens le plus large par les techniques de recherches et de travail qu’il apporte aux élèves, par le climat d’autonomie qu’il crée et par la qualité nouvelle de la relation qu’il établit.
Une initiation aux techniques documentaires, s’appuyant, le cas échéant, sur les moyens audiovisuels et informatiques, doit aboutir à un comportement très autonome et très responsable des élèves et à donner ainsi au CDI toute son efficacité.
Celle-ci s’exprime au-delà du travail ; par les ouvrages et les revues de détente qu’il offre, par la présentation de la presse dans son pluralisme, le CDI exerce une action éducative originale : donner aux élèves le libre goût des livres et des lectures pour les conduire à une motivation nouvelle dans leurs études et à un meilleur épanouissement personnel.
Parmi tous les supports de l’action éducative, foyer socio-éducatif, association sportive et centre de documentation et d’information exercent une complémentarité de leurs missions particulières.
Ils contribuent à faire du collège une véritable communauté scolaire et à former des élèves responsables, autonomes et aptes à la vie sociale.
(...) Annexe V
LE TRAVAIL AUTONOME
Le travail autonome est l’une des meilleures expressions de l’aptitude de l’élève à se prendre personnellement en charge tant sur le plan individuel que sur le plan de la vie de groupe.
Sa valeur simultanément pédagogique (au sens strict) et éducative (au sens large) exprime l’affirmation de la personnalité de l’élève, de sa responsabilité et de sa motivation dans le travail scolaire ; il apparaît comme une technique d’apprentissage de l’autonomie pouvant associer les professeurs de toutes disciplines.
S’il se définit comme une pratique pédagogique, qui s’inscrit dans le cadre de l’horaire d’enseignement, le travail autonome suppose et développe également une attitude d’esprit et des comportements qui ne peuvent être dissociés de la conception de l’ensemble de la vie scolaire.
On peut souligner les points suivants :
La pratique du travail autonome conduit professeurs et élèves à réaliser, ensemble et de façon complémentaire, un équilibre dynamique entre " directivité " et " non-directivité ". Individuellement ou au sein de groupes, les élèves apprennent à utiliser leur liberté dans le choix des thèmes d’étude, des démarches et des réalisations. Ils expérimentent les formes d’aides diverses que le professeur peut apporter pour leur permettre de parvenir, en soutenant leur propre action, au but qu’ils se sont eux-mêmes fixé.
L’expérience de la liberté personnelle conjuguée à l’aide du professeur constitue alors un élément de formation. Ainsi se trouve développée l’auto responsabilité qui prend en compte, dans un sens positif, les exigences du travail personnel, de la collaboration en équipe et de la relation jeunes-adultes ; ce sont les composantes nécessaires d’un progrès dans la capacité à la sociabilité.
Le travail autonome individuel conduit l’élève à se situer face aux exigences de son travail et de sa formation ; amené à prendre conscience de son besoin de découverte et d’information, il doit trouver, critiquer et utiliser ; il se donne ainsi progressivement une technique d’auto-formation, facteur de son devenir.
Le travail autonome de groupe répond, chez l’adolescent, au besoin de création et de réalisation en équipe ; il éduque chacun à la vie de groupe : chaque membre apporte et reçoit ; l’élève construit, en respectant l’avis et la réaction des autres, le projet mis au point dans un échange avec ses maîtres ; sous sa forme collective, il doit associer tous les élèves.
Le travail autonome individuel ou en groupe donne une dimension nouvelle à la vie pédagogique : celle-ci devient une construction commune qui valorise l’élève par la vigueur de sa participation et le professeur par la qualité de son enseignement.
Le travail autonome n’est pas une technique particulière aux seuls élèves qui " réussissent " ; par la relation affective qu’introduit le travail de groupe, la confiance qu’il donne à l’élève, les possibilités d’affirmation de soi-même qu’il offre et la variété des aptitudes qu’il met en œuvre, le travail autonome contribue à compenser les difficultés scolaires et les handicaps sociaux.
Il acquiert toute son efficacité, d’une part avec le cadre et les moyens qu’offre le CDI, et d’autre part avec la " guidance " et la relation d’aide qu’apporte l’enseignant.
Il peut être fortement stimulé par les projets d’actions éducatives intéressant soit le travail scolaire, soit les activités périscolaires.
Une telle technique pédagogique doit être courante au collège dès la Sixième et s’intégrer à la politique éducative conduite dans l’établissement ; elle valorise la vie scolaire et le climat collectif de travail, tout en accélérant l’épanouissement personnel de l’élève.
C’est par là que le travail autonome s’affirme au collège comme facteur de réussite scolaire et de préparation à des études ultérieures, y compris en formation continue.
Circulaire n° 82-230 du 2 juin 1982 (Education nationale : bureau DC 3) Texte adressé aux recteurs, aux inspecteurs d’académie, directeurs des services départementaux de l’Education nationale et aux principaux de collèges. Parue au BO n° 23 du 10 juin 1982.