SNES - FSU

Textes de réflexion

2004 Missions des professeurs documentalistes et des CDI : l’heure des choix ?

Article paru dans INTER CDI de novembre/décembre 2004

14 avril 2005

Nous tenons à remercier la revue professionnelle INTER CDI de nous donner la parole sur le métier et de contribuer ainsi aux nécessaires débats qu’il faut mener avec l’ensemble des collègues.
 

Il n’est pas question d’infliger aux lecteurs de cet article un historique de ce métier. Nous avons publié sur notre site [1] de nombreux documents « d’époque » qui témoignent de l’engagement de notre syndicat aux côtés de la FADBEN pour obtenir le CAPES en 1989. Nos archives syndicales rappellent nos interventions et prises de position au service d’une conception ambitieuse de ce métier. Mais il faut simplement rappeler qu’il s’est construit dans l’adversité, les luttes permanentes, les débats et qu’il faut donc continuer !

Nous sommes sans doute à l’heure de choix décisifs pour le système éducatif : "grand débat" sur l’école, parution du pré rapport Thélot qui se permet d’évoquer la nécessité de la maîtrise de l’information sans citer ni les CDI, ni les professeurs documentalistes...

La loi d’orientation de 1989 avait vu la création de notre Capes, celle qui s’annonce verra-t- elle la disparition de la conception pédagogique de notre métier ? La politique ministérielle de recrutements et certaines propositions du récent rapport de l’IG EVS sur les politiques documentaires [2], pourraient le laisser craindre.

Une crise spectaculaire des recrutements :

En 2004 seulement 233 postes au Capes externe. Derrière ce nombre modeste se cachent des années de recrutements insuffisants [3] qui aboutiront encore à ne même pas compenser les départs à la retraite (405 à la rentrée 2005). Nous vous renvoyons au bilan complet des concours 2004 [4]

Le SNES ne cesse de dénoncer depuis des années cette politique malthusienne de recrutements. Il a été de toutes les démarches et luttes unitaires sur cette question.

L’affirmation, dans le rapport de l’inspection générale, de la nécessité de poursuivre l’effort en matière de recrutements relève vraiment de l’illusion quand on fait le bilan objectif de ceux-ci.

Ne pas recruter c’est entretenir la précarité : de nombreux contractuels n’ont pas été réembauchés cette année, les rectorats préfèrent maintenant les vacataires ! Et ce n’est pas le vivier de candidats qui manque : 1 poste pour 10 candidats au capes externe !

Ne pas recruter aboutit à laisser dans beaucoup d’académies de nombreux postes vacants. Cela multiplie les opportunités d’affecter dans les CDI des collègues en réadaptation, ou d’autres à qui on impose une reconversion sans aucune formation. Certains rectorats ne s’en privent pas...

Il semble bien que ces phénomènes aient pris une ampleur assez catastrophique en cette rentrée.

L’insuffisance de ces recrutements démontre surtout que domine une représentation étriquée des missions pédagogiques des professeurs documentalistes et des CDI.

Et la très modeste augmentation des postes proposés aux concours 2005 nous conforte dans notre analyse. [5]

Métier réalité

Ce choix -avant tout budgétaire - de ne pas recruter un nombre suffisant de professeurs documentalistes, entrave tout fonctionnement normal des CDI et toute tentative de formation efficace des élèves. Toute velléité de mise en œuvre d’une politique documentaire, qu’elle soit nationale, académique ou d’établissement qui fait l’impasse sur cette réalité, n’est pas sérieuse.

Pourtant, l’IGEVS, dans son rapport 2004, fait état des efforts considérables faits par l’Etat !

Qu’on nous dise comment 1,15 professeur documentaliste dans un collège ou un lycée (ratio donné dans ce rapport), peut-il à la fois, gérer le fonds documentaire, les ressources de l’Internet, mettre en œuvre leur mise à disposition de la communauté scolaire, réaliser un cursus de formation pour tous les élèves en concertation avec les autres enseignants, développer des activités autour de la lecture et ouvrir le CDI toutes les heures. Avec trop souvent...des manuels scolaires à distribuer.

Et nous travaillons sans aucune « aide technique » ni de secrétariat, ni de maintenance informatique.

Le Snes revendique des emplois statutaires pour exercer ces fonctions [6] Le recours aux personnels précaires n’est pas acceptable. N’a-t-il pas montré ses limites ?

Il y a bien place pour des métiers complémentaires et qualifiés dans les CDI.

L’immense majorité des collègues est perpétuellement en recherche d’un équilibre toujours précaire entre toutes ces contraintes (la consultation des listes de diffusion en témoigne amplement).

Cette jonglerie permanente ne contribue-t- elle pas à nous confiner dans un rôle de prestataire de services ? Y compris de services pédagogiques ? Ne devons nous pas souvent renoncer aux activités de formation trop « chronophages"
Le rapport de l’IG EVS ne voudrait- il pas nous confiner dans le rôle de formateur de nos collègues des autres disciplines ?

Le SNES, tout en pointant cette réalité, ne veut pas sombrer dans le catastrophisme. Les professeurs documentalistes se sont construits une identité professionnelle. Leur expression collective (publications, rencontres, Assises Nationales de la Documentation à l’Ecole), leurs efforts d’auto-formation, le foisonnement d’initiatives pédagogiques, en témoignent.

Le métier que nous voulons est ambitieux.

Il nécessite certes des moyens humains, mais nous ne changerons pas d’objectif pour des raisons d’intendance. La profession tient aux deux facettes du métier : professeur ET documentaliste.

Le (la) documentaliste a conscience de l’évolution des sciences de l’information et de la documentation liée surtout à l’internet qui élargit considérablement l’offre d’informations ; la mise en réseau des systèmes d’informations s’est amplifiée, entraînant la complexification de notre métier, décrite d’ailleurs dans le rapport de l’inspection générale . La formation continue est souhaitable pour suivre ces évolutions, encore faut-il qu’elle existe, qu’elle soit gratuite et si elle est "obligatoire", qu’elle ait lieu sur le temps de travail. Les documentalistes des établissements scolaires doivent effectivement être en capacité d’offrir aux élèves et aux enseignants un système d’information cohérent et adapté aux besoins.

Doivent-ils pour autant, comme le préconise le rapport de l’Inspection Générale, être les artisans de la politique documentaire de tout l’établissement (le chef d’établissement en étant le maître d’œuvre) ; c’est sans doute à mettre en débat y compris avec nos collègues des autres disciplines. Notons que cette fonction équivaudrait à celle des chefs de travaux et nécessiterait de toute façon une très forte revalorisation (agrégation).

Et surtout, il ne faudrait pas oublier que les CDI de collège et de lycée doivent être avant tout des lieux de formation où les élèves doivent pouvoir expérimenter et développer leurs habiletés documentaires.

Un établissement scolaire n’est pas une entreprise et sa politique documentaire doit tenir compte de cette spécificité : les jeunes ne sont pas que des usagers. Ce sont des élèves qui doivent apprendre à trouver et à traiter l’information pour mieux s’approprier des connaissances, réussir leurs études, comprendre le monde.

Le professeur, lui, voudrait enfin pouvoir enseigner, certes, à sa façon, en lien avec ses collègues des autres disciplines, mais ne pas avoir à courir après des collaborations dont le caractère aléatoire lui interdit toute mise en œuvre cohérente et progressive des apprentissages documentaires. Les enseignants des autres disciplines utilisent l’information pour nourrir leur enseignement, mais la documentation et l’information ne sont pas pour eux, en tant que telles, des objets d’apprentissage. Or, même si les établissements s’équipent d’internet, d’intranet, de toutes les technologies qui permettront d’accéder dans les classes à toutes les informations possibles, l’acte pédagogique en documentation qui consiste à analyser les difficultés pour proposer des stratégies d’apprentissage, reste nécessaire. Nous en avons fait le constat dans les dispositifs pluridisciplinaires de ces dernières années.

Former tous les élèves est la condition pour que l’accès de tous aux énormes flux d’informations soit réellement démocratique. Pour cela, il faut identifier les contenus de formation, il faut du temps, il faut des enseignants. D’où nos propositions d’un curriculum en information documentation, d’un temps imparti à la recherche documentaire dans les disciplines et d’un taux d’encadrement en professeurs documentalistes (1 pour 12 classes) [7].

Dans le rapport de l’I.G.E.V.S déjà cité, nous sommes documentalistes, conseillers en recherche d’informations, jamais professeurs documentalistes, ce qui est pourtant notre appellation statutaire !

Notre statut, parlons-en !

Depuis la création du CAPES, rien n’a changé :
-  notre service est toujours de 36 heures - ces fameuses 6 heures sur lesquelles on ose parfois nous demander des comptes, alors que nos séquences pédagogiques sont toujours calculées en 30è !
-  les travaux supplémentaires ne sont jamais payés au taux des certifiés des autres disciplines.
-  pas d’ISOE, pas d’agrégation, pas d’inspection spécifique.

Le rapport de l’I.G.E.V.S élude toutes ces questions.

Nous vous invitons à réagir à cette contribution sur le métier, et à poursuivre ce débat. Nous pensons que renoncer aux ambitions pédagogiques du métier en raison de l’état actuel de faisabilité, déboucherait sur de graves reculs en terme de démocratisation de l’information, mais aussi sur une impasse professionnelle. Et si le projet d’une nouvelle circulaire de missions se concrétisait, nous exigerions une consultation de l’ensemble de la profession, ou nous l’organiserions...

Le groupe documentation du SNES

Jean-Louis Charbonnier, Danielle Courtoux, Jean-Pierre Hennuyer, Patrick Lainé
Documentalistes@snes.edu

Contribution parue dans le n° 192 NOVEMBRE/DECEMBRE 2004 de la revue Inter CDI, 16 rue des Belles-Croix, 91150 ETAMPES

[1] http://www.snes.edu/docs

[2] http://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/syst/igen/rapports/politiques_documentaires.pdf

[3] art80

[4] art511

[5] art531

[6] art68 et art347

[7] art524 et art291 et nous avons aussi publié de nombreux autres documents de réflexion sur le thème de l’information documentation

 
 

Professeur documentaliste : itinéraire un métier militant

Education aux médias : où en est-on ?

Didactique de l’information-documentation

Mémoire de luttes, raisons de combattre

2007 : Introduction à la maîtrise de l’information : une explication

Les savoirs scolaires en information-documentation

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le curriculum...

Processus de professionnalisation et paradoxe identitaire des enseignants documentalistes : peut-on sortir de l’impasse ?

Rôle des centres de documentation et d’information et autres bibliothèques centres documentaires

Programme "Information pour tous" de l’UNESCO