SNES - FSU

Livrets d’évaluation 2008 : analyses

Expérimentation du livret de connaissances et de compétences

Analyse des livrets de compétences et grilles de références du groupe Documentation

4 février 2008

 

Encore une fois, les mentions concernant « l’information-documentation » sont éparpillées. Il est fait référence à des compétences informationnelles dans la maîtrise de la langue française (1), les compétences sociales et civiques (6), l’initiative et l’autonomie (7). Bien sûr, le pilier qui concerne le plus ce domaine est la maîtrise des TUIC (4). Selon nous, il aurait été préférable d’instaurer un pilier « maîtrise de l’information » qui aurait regroupé les compétences actuellement éparpillées dans les différents piliers ce qui aurait pu permettre d’apporter une véritable culture de l’information aux élèves, culture qui ne se réduit pas à la culture numérique.

La seconde critique que l’on peut formuler au sujet des livrets de compétence et des grilles d’évaluation est le flou du contenu didactique. A quels savoirs fait-on référence ? quelles compétences info documentaires précises attendons-nous des élèves ? Ainsi dans le pilier 4 du livret de compétence (les versions A et B sont identiques) toute référence aux connaissances a disparu, ne seront évaluées que des compétences, alors que le livret s’intitule pourtant « livret de connaissances et de compétences ». Dans les autres piliers d’ailleurs, sont listés des compétences comme des connaissances. Ce traitement particulier appliqué aux TUIC est révélateur d’une méconnaissance de la didactique de l’information de la part des auteurs de ce document. Quant au document « grille de référence » censés aider à aider à « la conception par chaque professeur de situations adaptées à la progression de son enseignement et aux spécificités de la discipline », il ne sera d’aucune aide. Les éléments exigibles sont une reprise à l’identique des items des feuilles de positions du B2I (toutes les critiques que nous avons émises sur le B2I restent donc ici valables). Et les propositions pour une situation d’évaluation paraissent inexploitables. Un exemple : pour l’élément exigible « je sais relever des éléments me permettant de connaître l’origine de l’information (auteur, date, source...) », la proposition pour une situation d’évaluation est de « situer un document dans son contexte ». Ce qui signifie qu’il faut donner son auteur, sa date... Bref, on tourne en rond ! Autre exemple : pour l’élément exigible « Je sais rechercher des références de documents à l’aide du logiciel documentaire présent au CDI » la proposition pour une situation d’évaluation est « Utiliser l’indexation et le catalogue du logiciel documentaire ». Mais a-t-on idée de ce que cela recouvre exactement ? Connaître et utiliser les classifications ? Sans doute pas, puisqu’on est dans le cadre d’une recherche informatisée. Les élèves doivent-ils maîtriser l’utilisation du thésaurus à la fin de leur scolarité obligatoire ? Il s’agit pourtant d’un élément qui ne paraît pas exigible avant le lycée, dans le cadre d’une progression cohérente des apprentissages documentaires. Les auteurs fonctionnent donc sur de l’implicite sans jamais expliciter les concepts info-documentaires qui sous- tendent ces compétences. Tant que cette réflexion n’aura pas été menée, avec tout ce que cela suppose en termes de formation, on en restera au niveau des déclarations d’intentions.

Autre problème : Quelle formation faut-il mettre en place pour parvenir à la maîtrise de ces notions ? Dans le paragraphe introductif, du document « grille de référence » une phrase à retenir : "Les tableaux ci-dessous, en partie réalisés d’après ce document d’appui, proposent des exemples de tâches permettant de construire des situations d’évaluation, mais également les situations d’apprentissage diversifiées qui les ont nécessairement précédées." On reconnaît donc qu’il faut apprendre avant d’évaluer ! Problème : pas de cadre horaire pour les apprentissages info-documentaires ce qui fait que le problème de la formation est encore plus criant dans notre cas que pour n’importe quelle discipline.

Et dernier problème : les modalités de l’évaluation. Toute l’équipe éducative étant censée évaluer ces compétences, cela aboutira à ce que nous appellerons poliment une fumisterie : sur quels travaux cette équipe va-t-elle s’appuyer pour cette évaluation, sachant qu’aucune plage horaire n’est prévue ? Quel enseignant pourra légitimement évaluer ces compétences ? La partie « S’informer, se documenter » du pilier 4 est évaluable par le professeur documentaliste. A moins que l’on attende de tout enseignant de valider ponctuellement une habileté et dans ce cas une ou deux tâches réalisées avec succès peuvent faire l’affaire. Mais si l’on considère que « s’informer, se documenter » suppose un ensemble complexe de savoirs et de compétences, et dans ce cas, il faut du temps à l’enseignant documentaliste pour mettre en oeuvre de nombreuses situations d’apprentissages et d’évaluation. Ce n’est que dans le cadre d’un enseignement que ces compétences peuvent être acquises et évaluées dans des travaux de recherche effectués dans des plages horaires régulières et tout au long de la scolarité.

SNES - secteur contenus - groupe dicumentation D.Chabant, D.Courtoux, V.Margaria Janvier 2008

 
 

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