9 juin 2006
Cette fin d’année scolaire, période d’orientation pour les jeunes, notamment issus de collège, voit fleurir de multiples campagnes promotionnelles sur l’apprentissage. L’apprentissage serait la voie de formation professionnelle permettant à la fois de résoudre l’échec scolaire, d’atteindre les plus haut niveaux de qualification et de garantir leur insertion professionnelle.
Le SNES met en garde les jeunes et leurs familles. Si certains champs traditionnels de l’apprentissage permettent à certains jeunes l’accès à une première qualification professionnelle, l’apprentissage, parce qu’il est un contrat de travail, ne permet certainement pas de lutter contre l’échec scolaire. Les critères de recrutement sont similaires à ceux des salariés, et les entreprises qui souhaitent recruter des jeunes en apprentissage utilisent presque exclusivement leurs livrets scolaires. Les mauvais résultats, absences ou déscolarisation des collégiens sont autant de marqueurs qui ferment la voie de l’apprentissage aux jeunes en difficulté.
D’autre part, les enquêtes montrent bien qu’il est illusoire aujourd’hui d’imaginer qu’une part significative des jeunes peut démarrer par l’apprentissage, la préparation d’un CAP et réussir ensuite un bac pro puis un BTS. Il est déjà bien difficile pour un titulaire de CAP ou BEP de trouver un maître d’apprentissage pour préparer un baccalauréat professionnel, et si l’apprentissage au niveau supérieur se développe, les publics accueillis seront pour l’essentiel des titulaires de bacs généraux ou technologiques mais aussi, de plus en plus, des étudiants qui ont déjà entamé un parcours universitaire.
Quant à l’apprentissage qui se développe dans les grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce, il recrute des titulaires de diplômes de l’enseignement supérieur.
Enfin, et si l’on tient compte des ruptures de contrats, la réussite et la qualité de l’insertion professionnelle ne sont comparables pour les « scolaires » et les « apprentis » qu’à partir de hauts niveaux de qualifications et de diplôme (BTS, DUT et au delà).
L’apprentissage n’est donc pas la voie royale trop souvent prônée. Le SNES rappelle que la voie scolaire, professionnelle, technologique, générale a permis une réelle démocratisation du système éducatif, et permet aux jeunes d’atteindre les plus hauts niveaux de qualification.
En leurrant les jeunes, lors de leur orientation, on risque de créer beaucoup de désillusions, de ne pas répondre aux ambitions des jeunes ni aux enjeux économiques et sociaux qu’il appartient de relever. Pourquoi un vrai débat contradictoire sur la formation professionnelle est-il encore occulté ?
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Thierry Reygades
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