2 juin 2006
En congé longue maladie, je suis "remplacée" pendant un an par un collègue d’une autre discipline. Quand je fais grève, l’administration (soutenue par certaine circulaire rectorale de Poitiers) demande à quelqu’un recruté en C.A.E. de se charger de mes élèves.
Si je veux pratiquer mon métier d’enseignante, je dois "mendier" des créneaux horaires à des collègues bienveillants d’autres disciplines, la mienne n’existant pas dans l’emploi du temps des élèves.
Je voudrais comme mes collègues avoir une possibilité de promotion ? Impossible, il y a un CAPES mais pas d’agrégation dans ma discipline.
501 départs en retraite mais seulement 250 recrutements ; des établissements dans lesquels ma discipline n’existe pas (bien sûr il y a quelqu’un faisant fonction, sans formation). Pas de parents réclamant que leurs enfants apprennent ce savoir qui leur sera nécessaire, peu de collègues prêts à entamer le combat pour que l’enseignement de cette discipline soit assuré.
Qui je suis ? Tout dépend du point de vue :
Pour le Ministère : la chargée de politique documentaire. Pour mes collègues : dans le meilleur des cas la doc ; souvent le cdi. Beaucoup connaissent mon lieu de travail mais ignore mon existence en tant qu’enseignante(d’où des perles du genre "j’ai demandé au cdi d’acheter un livre", "mes élèves ont fait leur recherche avec le cdi" etc..). Pour les élèves : au collège : la "meuf du cdi", au lycée : la "femme du cdi" (ce n’est pas de l’humour, mais du vécu !).
Pour moi : une certifiée en documentation en fin de carrière, qui a le blues, qui pense que le but inavoué de cette politique est d’empêcher les élèves d’accéder au savoir en information-documentation. Un savoir qui reste réservé à une élite. Un savoir qu’il serait dangereux de donner à des élèves qui ne doivent pas sortir du cadre du "socle commun" dont l’info-doc ne fait bien évidemment pas partie.
Les élèves font du copié-collé à partir de Google ? Ce n’est pas grave. Il serait bien plus dangereux qu’ils sachent tous trouver la bonne information et évaluer correctement celles dont la "société de l’information" les abreuve.
Danielle B.
Témoignage paru dans le supplément à l’US 637 du 20 mai 2006
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