17 octobre 2010
Le défi que le gouvernement s’est donné, réduire le déficit public de 8 à 6 % du PIB de 2010 à 2011, n’a jamais été réalisé depuis la guerre : « au mieux », un exercice budgétaire n’a permis de diminuer le déficit que de 0,5 %. C’est dire la radicalité de cette politique d’austérité.
Cependant, le gouvernement risque fort de se prendre les pieds dans le tapis, car la moitié de la réduction du déficit est attribuée aux recettes nouvelles liées à la reprise économique que le gouvernement attend pour 2012 (+ 2 %), or cette reprise est directement menacée par les politiques d’austérité qui se sont répandues en Europe, notamment avec celle qui inspire le budget 2011.
Le gouvernement annonce une augmentation des impôts de 10 milliards, baptisée « réduction des niches fiscales », mais c’est loin de remettre en cause la politique de baisse d’impôts pratiquée depuis 2000 (70 milliards en moins dans les caisses de l’État). On ne touche pas aux « fondamentaux » (bouclier fiscal, loi TEPA maintenue, sauf le crédit d’impôt pour les intérêts du crédit immobilier), et les mesures fiscales sur l’épargne ou sur les revenus les plus élevés sont à dose homéopathique.
Les ménages subiront la hausse de la TVA sur les offres internet (de 5,5 à 19 %) et la taxe sur les complémentaires santé sera certainement répercutée sur les assurés (coût : 26 euros par personne), sans parler de la fin de l’avantage fiscal pour les couples qui se marient ou divorcent. Mais comme le dit F. Baroin, « nous agissons avant tout sur les dépenses » ! On y va franco, sans se cacher : diminution des emplois aidés, alors que le chômage augmente, taxe supplémentaire de 350 millions sur les HLM (nouvelle hausse des loyers et baisse de la construction attendues), poursuite de la saignée de l’Éducation nationale (16 000 emplois en moins), blocage de la dotation de l’État aux collectivités locales (bonjour les dégâts sur les dépenses sociales et les transports).
De son côté, le projet de loi de finances de la Sécurité sociale annonce de nouveaux déremboursements de médicaments, la réduction de la prise en charge des frais d’hospitalisation (le ticket modérateur de 20 % sera perçu sur les actes jusqu’à 120 euros au lieu de 91).
Pour être complet, il faut évoquer l’enquête de l’UFC-Que Choisir qui montre que se soigner coûtait 407 euros par personne en 2001 (reste à charge et prime de complémentaire santé) et 618 en 2008, soit une progression de 50 % !
Sur cette période, le niveau de prime a bondi de 44 % quand le revenu disponible des ménages n’augmentait que de 29 %. Cela traduit un transfert de la Sécurité sociale sur les complémentaires, mais c’est aussi le produit d’une certaine opacité dans leur gestion, puisque leurs prestations n’ont augmenté sur la période que de 27 %. Il faut dire qu’en sept ans leurs frais de fonctionnement sont passés de 10 à 20 % de la prime, notamment pour financer la publicité destinée à attirer les « clients ». L’enquête indique que l’assuré placé face à des contrats illisibles s’assure mal et que la part du budget que chacun consacre à sa santé est inversement proportionnelle à son revenu.
Tout est dit ! ■
DANIEL RALLET