SNES - FSU

Dépendance

"CINQUIÈME RISQUE" L’OUVERTURE D’UN MARCHÉ

12 juin 2010

 

Maintien à domicile : quels enjeux ?

Le maintien à leur domicile des personnes âgées en perte d’autonomie, handicapées ou atteintes de troubles cognitifs et mémoriels, pose des questions cruciales : avec quels personnels et avec quel financement ?

Pouvoir rester chez soi, dans ses repères spatiaux et familiaux, est un plus pour ces personnes qui y aspirent le plus souvent. Mais cette possibilité a des contraintes avec une noria d’intervenants (médecins, infirmières, kinés, aides à domicile), et n’exclut pas les retours en structures médicalisées (ambulances).

C’est également un engagement très lourd pour les « aidants familiaux » ou « aidants naturels », en terme de présence et d’implication, que la charge émotionnelle ne vient pas simplifier.

Le débat sur le « cinquième risque » lancé par le Président, n’a connu aucune concrétisation en terme de prise en charge par la Sécurité sociale, car le but recherché est de créer un marché pour les assurances privées, chacun devant se prémunir lui-même. La transition est en cours avec trois méthodes parallèles :
- d’abord, une multiplication d’initiatives sur la question du maintien à domicile : explosion d’organismes souvent associatifs (et en difficulté), de plus en plus privés, fournissant un personnel dont les formations ne sont pas toujours clairement référencées ni qualifiantes, débat récurrent sur le rôle des « aidants familiaux », avec des propositions venant de groupes privés (Groupe Mornay) pour leur fournir des remplaçants lorsqu’ils ont besoin de souffler et même des formations (l’association France Alzheimer a signé une convention avec l’État) ;
- ensuite, les effets de la Réforme Générale des Politiques Publiques (RGPP) et de la loi HSPT, ou loi Bachelot, qui réduisent de manière drastique les offres de soins publics (postes, services, hôpitaux, maisons médicalisées), favorisent les regroupements de services liés à la gériatrie en pôles qui, pour être d’excellence, n’en sont pas moins une offre réduite (en lits et postes) et concentrée (donc moins accessible sur le territoire). C’est le cas sur les hôpitaux de Paris et RP, en projet sur Saint-Étienne avec le pôle de Bellevue ;
- enfin, l’explosion des prix de journée des hôpitaux publics et surtout privés, des « restes à charge » comme l’on dit si joliment, le coût des maisons médicalisées pour personnes âgées et dépendantes (une pension de 2 000 euros à fin des années 1990 permettait un accueil dans de bonnes conditions, il en faut désormais au moins 2 400 !). Quant à l’aide à domicile, on sait l’insuffisance de l’APA et on a vu avec quelle désinvolture le ministre Santini a supprimé l’allocation d’aide ménagère aux retraités de la fonction publique !

Tout fonctionne donc suivant trois axes : du public vers le privé, de la structure médicalisée vers le domicile, du social vers le familial. Il est donc à craindre que le maintien à domicile ne se retourne en partie contre les patients et leurs familles.

La FSU cherchera donc à construire la plus large unité (syndicats, associations, mutuelles), pour mener une action syndicale et citoyenne :
- pour la prise en charge par la Sécurité sociale des questions liées à la dépendance des personnes âgées au même titre que l’ensemble de la population ;
- pour une politique ambitieuse de formation professionnelle initiale et continue des personnels intervenant à domicile, sous le couvert de l’Éducation nationale (diplômes qualifiants) et des structures territoriales (Régions, départements).

STÉPHANE BATIGNE

 
 

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