19 septembre 2007
Alors que les initiatives gouvernementales remettent en cause le métier enseignant, les journées observatoires, organisées par le secteur contenus du SNES, ont pour objet de réfléchir collectivement à notre métier, à nos pratiques et aux conditions nécessaires à la réussite de tous nos élèves, quelque soit le milieu social dont ils sont issus. Ces deux journées du 28 et 29 juin dernier, qui ont réuni une cinquantaine de militants dans les locaux du SNES national, étaient organisées autour de deux thèmes : la démocratie dans les savoirs et dans les apprentissages, et la question du redoublement et de ses alternatives possibles.
Il y a urgence aujourd’hui à proposer une alternative crédible au modèle de « réussite » proposé par les instances politiques, qui s’appuie sur un passéisme patent, sur un déni systématique de toute la réflexion pédagogique ou sociologique menée depuis des décennies sous prétexte d’un échec des missions de l’école. La qualité des interventions et la richesse des débats qui ont eu lieu durant ces deux journées doivent nous aider à penser notre projet éducatif tel qu’il permette la réussite de tous mais aussi l’épanouissement de l’enseignant dans l’exercice de son métier.
Démocratie, citoyenneté et pratiques de classe
La bataille contre le décret De Robien soulève de nombreuses questions sur le métier d’enseignant – exécutant, bivalent ou créateur, concepteur permanent des contenus de notre métier. Nous avons tous en commun, le SNES et d’autres associations, un projet pédagogique ambitieux, émancipateur, formant de libres citoyens, des citoyens éclairés disposant des moyens intellectuels du choix. Mais la classe ce n’est pas la démocratie en miniature ; tout n’est pas négociable, mais on ne peut éduquer la citoyenneté dans une école qui bafouerait la loi. Rappel : les sanctions collectives ont été supprimées en 2000, rétablies en 2004 avec Fillon. Les experts européens préconisent des « bonnes pratiques » : la récompense, la pièce aux élèves qui réussissent. (Royaume-Uni), et qui modifie le rapport au savoir. Avec la loi Fillon, c’est le Socle commun et son évaluation incessante : on apprend pour acquérir un capital de compétences thésaurisables, et non pas pour se construire un savoir. Mais peut-il y avoir une citoyenneté dans le savoir ? Tout peut-il faire l’objet de débat ? Si la démocratie est perpétuelle création, comment faire que le citoyen soit effectivement un créateur permanent ? Comment les valeurs auxquelles se réfère notre société démocratique sont-elles à l’œuvre dans la classe, au cœur même des apprentissages ? Quelle prise en compte de la parole de chaque élève dans les pratiques de classe ? Quelles pratiques d’enseignement permettent de construire son rapport aux autres et au monde ? Comment chacun dans le groupe peut-il participer pleinement à l’élaboration collective d’un savoir et construire ses propres apprentissages ? Certes, l’école, la classe ne sont pas des démocraties en miniatures, tout n’est pas négociable, cependant une telle affirmation ne nous affranchit pas de penser un apprentissage de la démocratie qui serait au cœur même des démarches d’apprentissage.
Les intervenants de cette journée ont permis de réfléchir et de débattre de ces questions.
Nicole Grataloup, professeur de philosophie et militante du GFEN (Groupement français d’Education Nouvelle) a invité les participants à partir d’un atelier, à réfléchir à la place du débat dans la construction d’un savoir philosophique.
François Audigier, professeur de didactique en sciences sociales de l’Université de Genève, a présenté l’histoire de l’éducation à la citoyenneté, ses ambiguïtés quant à ses finalités et ses enjeux aujourd’hui.
Nicole Allieu Mary, chercheuse en didactique de l’histoire (INRP) a montré, à travers notamment la présentation d’une expérimentation menée en collège, quelle pouvait être la place de l’argumentation dans une démarche de construction d’un savoir en géographie.
Conclusion : Quelle parole syndicale possible ?
Entre les mouvements d’éducation nouvelle, l’expertise des didacticiens, des sciences de l’éducation, y a-t-il un discours syndical possible sur ces questions ? Notre raison d’être c’est de tenir ensemble une éducation pour tous, une réussite pour tous les élèves, avec une véritable exigence de démocratie scolaire, mais aussi le bien être des enseignants. Il ne s’agit pas certes de l déstabiliser la profession, mais bien au contraire de défendre notre métier. Or la réflexion sur nos métiers ne peut se faire sans liaison avec ces questions fondamentales du sens politique de l’éducation. Si l’on ne veut pas d’une société où de plus en plus d’instruits choisiront pour autant les « partis de l’ordre », de ceux qui prônent avant tout la sécurité au prix de la liberté et de la solidarité, cela exige que nous pensions ce rapport entre savoirs, relation pédagogique et valeurs démocratiques. Nous ne pouvons défendre une société plus égalitaire, de solidarité, de démocratie sociale, sans se demander comment cela passe dans nos pratiques enseignantes, dans notre posture dans la relation pédagogique. Nous serons d’autant plus crédibles aux yeux de l’opinion qu’il y aura cohérence entre nos conceptions politiques et pédagogiques. Se demander comment on apprend la démocratie, c’est lier ensemble nos engagements militants et une vision politique pour une autre société.