3 avril 2006
STOP à L’INTOX !
Le colloque du 30 et du 31 mars visait à éclairer la complexité des facteurs intervenant dans l’orientation des élèves et des étudiants, à dénoncer les discours simplistes et manipulatoires et à tracer des pistes pour mieux articuler les dimensions collectives et individuelles et favoriser la réussite de tous.
Aujourd’hui la doxa officielle tend à assujettir la formation et l’orientation aux débouchés professionnels immédiats ou prévisibles.
Le mythe de « l’adéquation formation-emploi » revient sur le devant de la scène pour stigmatiser les formations qui ne déboucheraient sur rien et ceux qui les conseilleraient.
L’augmentation du chômage des jeunes et la pénurie dans certains secteurs vient conforter ce discours.
Il suffirait de mieux informer sur les débouchés professionnels et de mettre en place, formations et diplômes adaptés pour diminuer le chômage des jeunes.
L’intervention de M Bruyère (1) lors de la première table ronde ,a permis de souligner les contradictions d’un tel modèle. En effet, cette relation « client-fournisseur » entre l’Ecole et le marché du travail est inadapté pour trois raisons : D’abord parce que la temporalité de l’Ecole et celle du système productif ne sont pas les mêmes (et ne peuvent pas l’être) ; deuxièmement parce que sur le marché du travail les emplois ne sont pas définissables de manière rigoureusement identiques et qu’aucune formation ne correspond strictement à un emploi ; enfin, parce que selon la conjoncture, les entreprises qui ont elles mêmes du mal à identifier l’évolution des compétences attendues sur le long terme, sont finalement capables de s’adapter, plus qu’on ne le dit, aux sortants du système éducatif.
L’utilisation médiatique des résultats d’un certain nombre d’enquête ne doit pas faire oublier que celles ci sont faites à partir d’hypothèses fortes en macroéconomie, en démographie, du point de vue de la mobilité dans les entreprises, du choix des modes de recrutement, de la productivité et de la durée du travail. En faisant varier un ou deux de ces paramètres on obtient des résultats très différents.
Les débats ont fait apparaître qu’il ne fallait pas laisser enfermer la formation dans une vision marchande et utilitariste, polarisée sur les coûts. Il faudrait plutôt réfléchir à ce qui coûte le plus : Une formation au rabais centrée sur les fondamentaux qui débouchera sur la précarité et des stages périodiques de remise à niveau pour être « employables » ? Ou une réelle formation pour tous, centrée sur des démarches diversifiant les modes d’entrée dans la culture et débouchant sur des compétences larges, ouvertes et développables ? Plus qu’un coût la formation des jeunes doit être conçue comme un investissement dont les bénéfices ne se traduisent pas seulement dans la sphère personnelle et sociale mais également dans le domaine productif.
La deuxième table ronde à permis de remettre à leur juste place, tous ceux qui prétendent que notre conception de l’orientation et l’organisation de nos services, dotés de psychologues est une aberration en Europe. JM Maillard, ancien vice-président du CSEE, a clairement mis en évidence le poids relatif des recommandations européennes dans ce domaine, et l’importance des responsabilités politiques nationales.
J.P. Broonen (2), et S. Bultheel (3) , ont montré l’existence de modèles proches des nôtres, liant psychologie et orientation, en Europe et ailleurs.
Enfin la table ronde avec les parents de la FCPE, de la CSF et les jeunes de la JOC ont mis en évidence des préoccupations communes et des demandes convergentes portant sur l’ancrage des services dans l’Education Nationale, l’inquiétude face à la libéralisation du marché de l’information et de l’orientation, le refus de toute orientation précoce, la nécessite de laisser aux adolescents le temps d’apprendre et de se développer, l’urgence de recrutements de co-psy et de revalorisation des CIO.
Ces revendications sont à l’opposé de ce que le MEN nous concocte dans le secret. Les débats riches et animés ont permis de clarifier ces enjeux, et constituent de nouvelles ressources pour l’action qui doit s’intensifier dans les semaines à venir.
C’est ce que nous avons tenu à exprimer lors de l’audience au MEN le 31 après midi et que nous continuerons à porter fortement avec tous ceux qui exigent un véritable avenir pour la jeunesse.
1 M Bruyère Enseignante chercheuse au laboratoire LIRHE de Toulouse 2 JP Broonen professeur de psychologie chargé de la formation des conseillers -psychologues belges 3 S Bultheel représente le SNES à L’Association Internationale de l’Orientation scolaire et professionnelle
C REMERMIER