Collège : redonner du sens !

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22 septembre 2009

Face à un échec scolaire qui concerne 10 à 15 % des élèves, à des jeunes pour qui l’École ne fait pas toujours sens, à des cas d’absentéisme parfois très marqués, à des incivilités ou des phénomènes de violence dont aucun établissement n’est à l’abri, les personnels qui exercent en collège se trouvent d’autant plus démunis que leurs conditions de travail se sont fortement dégradées et qu’on leur impose sans cesse de nouvelles tâches (heure de vie de classe, note de vie scolaire, entretiens d’orientation en 3ème, livret de compétences...).
 

Des situations ressenties parfois comme insurmontables et le constat amer que le collège ne répond pas aux attentes issues de la démocratisation conduisent une partie de la profession à douter qu’un collège pour tous est encore possible.

Les évaluations internationales indiquent pourtant que ce sont les pays qui organisent le plus longtemps une scolarité commune qui obtiennent les meilleurs résultats. Le principe d’un collège qui scolarise toute une génération n’a donc pas été remis en cause. Mais les finalités du collège ont été redéfinies après la loi Fillon de 20O5 : selon le nouveau décret qui organise la scolarisation au collège, ce dernier n’a plus vocation à préparer l’ensemble des élèves à des poursuites d’études dans l’une des 3 voies du lycée, mais à s’assurer que tous les élèves qui le quittent maîtrisent un « socle commun de connaissances et de compétences » censé leur fournir les « bases de l’éducation » pour s’insérer dans la vie active, à charge pour eux de profiter ultérieurement d’une éventuelle formation tout au long de la vie. Le socle commun constitue désormais l’unique horizon pour une partie des collégiens ; il est l’ « objectif-cible » pour ceux qui relèvent de l’éducation prioritaire.

La loi Fillon a par ailleurs fixé l’objectif légitime d’obtenir 50 % de diplômés (à bac + 3) du supérieur, mais sans fixer celui de faire progresser le taux d’accès au lycée général et technologique. Ainsi, se profile un système éducatif qui pourrait trier les élèves, envoyant vers le lycée ceux qui seraient jugés aptes à réussir dans le Supérieur tandis que les autres devraient se contenter du socle commun et d’une entrée rapide dans la vie active. Un certain nombre d’élèves scolarisés en 3ème d’insertion, CPA ou toute autre classe dérogatoire échappaient déjà au principe d’une scolarité commune. Le Ministère avait clairement annoncé en 2004 la disparition de toutes ces classes au profit de la seule classe de 3ème à DP6 afin de ramener les élèves concernés dans le cursus commun, à l’exception de la LV2. Mais la réalité est tout autre : non seulement les classes dérogatoires n’ont pas été supprimées mais on en développe de nouvelles qui s’y ajoutent : après l’Apprentissage Junior, vite suspendu car il remettait ostensiblement en cause la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans, ont donc été inventés les DIMA (dispositifs d’initiation aux métiers par l’alternance) et les PIM (parcours d’initiation aux métiers).

Dans le même temps, le gouvernement a supprimé des milliers de postes qui se traduisent sur le terrain par des effectifs de classes (et de groupes de LV) de plus en plus élevés, un recours massif aux HS et aux tâches bénévoles qui alourdissent la charge de travail de chacun, une gestion à l’heure près qui génère de nombreux compléments de service. L’aide aux élèves est renvoyée dans le temps périscolaire dans le cadre de l’accompagnement éducatif, rémunéré en HSE. Le Gouvernement a également assoupli la carte scolaire, fragilisant ainsi les collèges les plus en difficulté qui, en voyant partir leurs meilleurs élèves, se retrouvent privés du peu de mixité sociale et scolaire qui leur restait.

A côté du socle commun, d’autres principes imposés par la loi Fillon constituent autant d’outils qui contribuent à transformer le collège. La loi prétend favoriser l’ « Egalité des chances » en récompensant les élèves jugés « méritants » (bourses au mérite, internats d’excellence, priorité pour être inscrits dans un lycée attractif…). C’est par exemple au nom de l’individualisation des apprentissages et des parcours scolaires, que la notion de « territoires » pour l’éducation prioritaire est remise en cause au profit de la notion d’individus. Le « mérite » individuel est valorisé à travers les bourses du même nom. Les contrats d’objectifs instituent le pilotage du système éducatif par la « performance » et soumettent les établissements à une « obligation de résultats » qui dédouane l’Etat de ses responsabilités puisque c’est in fine l’établissement lui-même et ses personnels qui seront rendus responsables des réussites ou des échecs constatés, ce qui risque fortement de pervertir le système même d’évaluation des élèves. Quant au droit à l’expérimentation, il est mis en avant pour faciliter une définition locale de l’organisation des enseignements.

Ainsi, le principe d’un collège scolarisant tous les jeunes d’une génération est nécessaire pour permettre une démocratisation du système éducatif mais il ne saurait suffire pour la garantir. Certains défenseurs du « collège unique » revendiquent de casser le carcan supposé des disciplines en privilégiant le « transdisciplinaire » qui serait, selon eux, la clef de la réussite scolaire ; certains (parfois les mêmes) réclament une rupture moins forte entre l’école primaire et le collège à travers une restructuration du système éducatif qui pourrait décrocher les premières années du collège pour les rapprocher de l’école primaire en imposant la bivalence des enseignants ; d’autres proposent de renforcer l’autonomie des établissements afin d’adapter l’offre d’enseignement au « public » d’élèves accueilli. Certains, notamment du côté gouvernemental, théorisent sur les horaires trop lourds des élèves, le caractère trop rigide de la réglementation nationale (en matière d’horaires, de programmes, d’organisation des enseignements) et la nécessaire mise en concurrence des établissements pour encourager la « performance ».

Poser la question d’une refonte du collège afin de relancer la démocratisation du 2nd degré suppose donc de se mettre d’accord sur ce que doivent être les finalités du collège, les statuts et les missions de ses personnels, les contenus d’enseignement et les pratiques pédagogiques, les conditions d’études des élèves, le fonctionnement des établissements…

Est-il possible de construire un collège plus juste, qui n’assigne personne à un destin tracé d’avance, qui réduit les écarts de réussite entre les élèves, qui concilie massification et qualité en visant le meilleur pour tous, qui permet à tous les élèves de s’approprier une culture commune exigeante afin d’en faire des individus et futurs citoyens libres et éclairés, qui les prépare tous à des poursuites d’études afin de les amener à un niveau de qualification qui leur permette de s’insérer dans une société de plus en plus complexe ?

Le SNES est convaincu que c’est non seulement nécessaire, mais possible. Il propose à la profession d’en débattre.

 

Collège : alourdissement de la charge de travail

Livret de Compétence : document pour débattre et agir collectivement

Livrets de compétences : lettre-pétition au Ministre

Le point sur le collège - avril 2010

Enième version du livret de compétences - juillet 2010

Histoire des Arts

Rapport Grosperrin : du socle au plafond !

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Scolarisation des élèves en situation de handicap : projet de circulaire

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