4 juin 2005
Présentation science et société
Quand on parle de la science au singulier, c’est immédiatement aux sciences dites dures que l’on pense. Cette forme de monopole des mentalités devra d’ailleurs être interrogé. Nous le ferons à l’occasion d’un prochain dossier sur les sciences humaines.
Le sentiment actuel face à la science est ambivalent : elle continue à incarner l’espoir de nourrir, guérir, expliquer, maîtriser... Dans le même temps, elle inquiète : où va-t-elle ?
Les citoyens ne mettent pas en doute la sincérité des chercheurs mais s’interrogent sur les moteurs réels de la recherche, et en particulier sur ses enjeux économiques. Partant du constat que nous vivons à la fois en économie de marché et en démocratie, Dominique Pestre dégage les rapports ambigus que la science entretient avec ces deux réalités. En analysant les transformations des rapports entre la science et la société ces trente dernières années, Christophe Bonneuil essaie de voir comment on pourrait « mettre la science en démocratie ».
Dans une société où il y a moins de problèmes de survie, la notion de progrès n’est plus une évidence, mais « une question sociale, donc discutable », dit Marion Guillou, présidente de l’Inra. Répondant aux mêmes questions, José Bové fait de cette démarche un impératif : toute innovation technique « doit être soumise au débat et à l’évaluation publique ».
Ce débat sera d’autant plus fécond que la culture scientifique des citoyens sera plus riche. La question de la formation et de l’enseignement scientifique se pose alors de façon urgente. André Giordan constate la désaffection inquiétante qui frappe les filières scientifiques et dresse un sévère réquisitoire contre la façon dont les sciences sont enseignées à tous les niveaux : « la majorité des jeunes disent s’ennuyer vraiment dans les cours de sciences ». L’analyse de Sylvie Nony nuance ce constat et propose de « former des enseignants qui deviennent des experts de l’enseignement de leur discipline ».
Pour finir, l’article de Marc Dufumier déplace le débat : pourquoi la recherche agronomique des pays développés n’a-t-elle pas tenu sa promesse de nourrir le Tiers-monde ? Ce changement de perspective permet de mesurer l’ampleur du défi que la science doit relever.
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