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De quoi parle-t-on quand on parle d’insertion professionnelle et d’orientation ?

14 avril 2006

 

De quoi parle-t-on quand on parle d’insertion professionnelle et d’orientation ???

Les réflexions de la catégorie copsy

Que ce soit à propos de l’apprentissage « junior » ou du CPE, les difficultés d’insertion professionnelle ont été traitées de manière très globalisante dans la presse et les discours des responsables politiques et souvent ramenées à des difficultés d’orientation. Pourtant les unes et les autres se posent en termes très différents selon l’âge, le niveau d’études et la proximité de l’entrée sur le marché du travail.

Tous les jeunes ne rencontrent pas les mêmes difficultés d’insertion.

L’enquête du CEREQ, « génération 2001 » montre que le diplôme constitue bien une protection nécessaire même si elle n’est pas suffisante contre le chômage. En effet, la progression du chômage entre 1998 et 2001 frappe beaucoup plus sévèrement les non diplômés à tous les niveaux. 68% des jeunes titulaires d’un CAP ou d’un BEP sont en CDI 3 ans après leur sortie de formation initiale. Ce chiffre atteint 73% pour les titulaires de DEUG, 79% pour les titulaires de BTS ou DUT industriels, 76% pour les second cycle universitaires et 85% pour les 3ème cycles. Certes le délai est trop important mais il est clair que les difficultés d’insertion touchent en priorité les jeunes sortis du système scolaire sans avoir acquis de diplômes, ni le plus souvent les connaissances nécessaires pour aborder une formation professionnelle. C’est donc bien une priorité en amont pour amener ces jeunes à rester à l’Ecole et à y retrouver des voies de réussite, qui s’impose et non une déréglementation pour tous du code du travail.

Le mythe de l’adéquation formation-emploi

Tout le discours implicite développé actuellement par le gouvernement actuellement vise à faire porter sur l’Ecole la responsabilité du chômage car elle offrirait des formations obsolètes laisserait les élèves s’engouffrer dans des voies sans débouchés et jetterait à la rue des milliers de jeunes sans aucune formation.

La relation formation-emploi est conçue sur le modèle client-fournisseur

L’Education Nationale devrait « fournir » les jeunes diplômés dont l’économie a besoin. Mais nous ne sommes plus au temps où le plan prévoyait les besoins de formation en fonction des prévisions de développement des différents secteurs. Aujourd’hui les entreprises fonctionnent à flux tendus. Les délais de réaction doivent être quasiment immédiats. Les employeurs, eux-mêmes, sont incapables de prévoir précisément quels seront leurs besoins dans un délai de 5 ans. La logique de formation initiale est un processus long qui ne peut se situer sur le même plan que des formations professionnelles courtes d’adaptation à l’emploi. Comment l’Ecole pourrait elle produire en 6 mois les jeunes diplômés dont les entreprises, elles-mêmes ne savent souvent pas un an avant qu’elles vont en avoir besoin !

Comment tabler sur la « bonne santé » des secteurs de l’Economie quand on voit des entreprises florissantes licencier pour cause d’insuffisance de profits ?

Les diplômes, prétendument inadaptés de l’Education Nationale sont le résultat d’une élaboration commune entre employeurs, partenaires sociaux et éducation au sein des commissions paritaires consultatives. De même l’implantation des formations professionnelles dans les régions est faite après concertation avec les représentants des employeurs dans les différentes branches. S’il y a inadéquation, à qui la faute ?

Mettre en avant l’adéquation formation-emploi, c’est supposer qu’une seule formation peut déboucher sur un seul métier

Or, toutes les enquêtes montrent tout d’abord que les métiers ne sont pas figés, qu’ils demandent de plus en plus de connaissances et compétences « périphériques » en plus de ce qui relève du coeur de métier. De plus, c’est justement parce que les formations initiales ne sont pas trop étroites que les jeunes peuvent s’insérer dans des secteurs proches. L’attitude des employeurs dans le choix des candidats à l’insertion, met en évidence que les diplômes généraux acquis à l’Ecole, même non complétés par une formation professionnelle sont un gain pour l’accès à l’emploi.

Les processus mis en jeu par l’élaboration d’un projet scolaire et/ou professionnels ne sont pas identiques à ceux qui président à la recherche d’une insertion professionnelle.

La circulaire de rentrée 2006 (B.O. N° 13 du 31/3/2006), pour ne prendre que cet exemple, réduit l’orientation des collégiens et des lycéens à la construction d’un parcours assurant une bonne insertion professionnelle. Or, ce qui peut apparaître comme un indicateur important pour des étudiants en cours de formation, n’est pas pertinent psychologiquement en fin de collège ou début de lycée.

L’élaboration des projets d’avenir à l’adolescence est profondément liée à la quête de l’identité, à la construction de soi. Avant de s’interroger sur le volume des emplois offerts, l’adolescent cherche avant tout à dessiner les contours de celui ou celle qu’il aspire à devenir, à s’essayer dans des activités ou des rôles sociaux dont les diverses formations et métiers possibles font partie. Même si la finalité de toute formation est bien l’insertion sociale et professionnelle les choix concernent des formations et les temporalités sont longues, pour la grande majorité des élèves.

L’influence des représentations sociales et de facteurs tels que l’origine sociale, le genre sexué est fort et le rôle des conseillers d’orientation-psychologues est justement d’amener les adolescents à s’en distancier et à définir leurs propres attentes. De plus chaque cas étant singulier, le développement psychologique à un âge donné n’est pas le même pour tous et l’élaboration des projets est, elle aussi, prise dans cette dynamique. Reconnaître cela, c’est admettre que la construction d’un projet à l’adolescence n’est pas uniquement sous la dépendance de facteurs cognitifs et qu’un projet d’avenir n’est pas assimilable à un plan de carrière.

Il est évident que la problématique de l’insertion professionnelle prendra une autre résonance pour des étudiants cherchant à finaliser un premier cycle, ou encore pour des titulaires de BTS ou DUT. Pour les uns et les autres la problématique de l’accessibilité des formations et des emplois se pose avec plus d’acuité qu’au collège et au lycée même si elle n’est pas seule déterminante, y compris à ce niveau pour s’engager dans des parcours.

S’agissant des jeunes sortis prématurément de l’Ecole, sans diplômes, le problème est complexe. On tend à considérer qu’une insertion professionnelle rapide par le biais de contrats aidés ou de l’apprentissage est la bonne solution. Les secteurs déficitaires sont alors présentés comme des ressources importantes. Mais il ne faut pas oublier que ces jeunes souvent très marqués par l’échec n’acceptent pas plus facilement que les autres des « projets clés en main » et prescrits par d’autres. De plus la question du niveau des connaissances exigées pour aborder les formations professionnelles se pose avec toujours autant de pertinence. Là encore la question des débouchés vient occulter la complexité des processus d’orientation et de formation.

L’apprentissage n’est pas l’unique solution à tous les niveaux.

L’apprentissage est souvent présenté quel que soit le niveau comme l’unique moyen d’assurer une meilleure insertion professionnelle. C’est dans cet esprit que le gouvernement a pu présenter « l’apprentissage junior » comme une mesure forte de sa loi sur l’égalité des chances. Mais plusieurs études ont montré que le taux de rupture de contrats est au moins de 25%, que l’apprentissage opère une grande discrimination à l’égard des jeunes issus de l’immigration. Ensuite les conditions faites à ces jeunes notamment depuis le rétablissement du travail de nuit à 15 ans dans certains secteurs sont contraires à la convention des droits de l’Enfant et aux règles de l’organisation internationale du travail. Enfin, dans certaines branches professionnelles il est courant de prendre davantage d’apprentis qu’il n’y aura d’embauche d’ouvriers ou d’employés qualifiés. L’apprentissage junior, contrairement aux propos du ministre, ne conduira pas au diplôme d’ingénieur. L’étude de G Moreau a mis en évidence que seuls 1,5% des inscrits en CAP réussissent à obtenir un bac pro et 0,5% le BTS. Certes l’apprentissage permet d’apprendre en conditions réelles mais encore faudrait-il que les tuteurs soient formés, qu’ils disposent de temps pour encadrer les apprentis, qu’ils aient des échanges fréquents avec les enseignants de discipline générale et que les apprentis aient le temps nécessaire pour assimiler savoirs théoriques et professionnels, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. En outre cette forme d’enseignement suppose une maturité et une autonomie que tous les élèves n’acquièrent pas au même âge.

Propositions

1. Prolonger la scolarité jusqu’à 18 ans afin de permettre à tous les élèves d’acquérir au moins un diplôme professionnel de niveau V (CAP ou BEP) dans le cadre de l’Education Nationale ; Ceci suppose d’augmenter et de diversifier les offres de formation et de placer les élèves dans des conditions d’études qui leur redonnent le goût d’apprendre et de maîtriser des savoirs et des savoirs -faire

2. Redéfinir des contenus d’enseignements réellement ambitieux concernant tous les domaines de la culture et permettant pour tous les élèves un développement maximal de leur personnalité, de leur autonomie et de leur vie sociale et citoyenne ; Ceci suppose bien entendu de revenir sur le socle commun pour élever jusqu’au Bac, le niveau de formation pour toute la jeunesse.

3. Relancer une véritable politique de lutte contre l’échec scolaire avec un cadrage national et des moyens permettant aux équipes un vrai travail de concertation et de suivi des élèves en difficulté.

4. Supprimer l’apprentissage « junior » et revenir sur les dispositions autorisant le travail de nuit des mineurs

5. Faire la clarté sur la différence entre « Alternance » et « Apprentissage ». La première est aujourd’hui déjà mise en œuvre dans la préparation des diplômes professionnels et technologiques et pourrait encore être développée. Elle s’inscrit dans le cadre de la formation initiale et des référentiels de diplômes, sous la responsabilité des enseignants. L’apprentissage est un contrat de travail qui suppose pour l’apprenti, la capacité d’articuler, seul, les contenus théoriques abordés en CFA et les savoirs- faire professionnels mis en pratique chez l’employeur. Ceci explique qu’il ne constitue pas une solution miracle pour les élèves en difficulté.

6. Respecter les principes déontologiques pour l’information sur l’orientation et les métiers. L’information dispensée doit être objective, fiable, pluraliste et indépendante . Elle ne doit pas servir les intérêts d’organismes privés, ni professionnels.

7. Refuser l’entrée du secteur privé dans le champ de l’orientation scolaire, dans les collèges et les lycées, les universités.

8. Développer le service public d’orientation au sein de l’Education Nationale et les doter des moyens nécessaires pour que les conseillers d’orientation-psychologues puissent remplir toutes leurs missions. Au collège comme au lycée, l’élaboration des projets d’avenir met en jeu le développement de la personnalité, l’envie de grandir et d’apprendre, l’élargissement des représentations initiales sur les formations et les métiers, la confiance en soi et les attentes de l’entourage. C’est un processus complexe qui s’inscrit dans la durée. Tous les élèves qui le souhaitent doivent pouvoir rencontrer le conseiller d’orientation-psychologue au moins trois fois dans l’année. Chaque co-psy ne doit avoir en charge que 600 élèves et leur temps de présence dans l’établissement ne doit pas être inférieur à deux jours.

9. Le fonctionnement des procédures d’orientation doit être revu dans un sens qui autorise le « droit à l’erreur ». Les souhaits des élèves doivent être priorisés mais des moyens doivent être dégagés pour leur permettre d’atteindre le niveau d’exigence des différentes formations (modules de rattrapage, mise à niveaux, soutien..). Des passerelles entre les voies, générales , technologiques et professionnelles doivent exister et pas seulement à sens unique en fonction de la hiérarchie des filières. Une réflexion doit s’engager sur la mise en place du LMD. En particulier cette réforme ne doit pas conduire à filiariser encore plus tôt les études supérieures, surtout lorsque la sectorisation empêche, de fait, les lycéens de terminale de choisir leurs parcours.

10. Les CIO doivent garder leur spécificité de centres de ressources et de conseils sur la scolarité et l’orientation ainsi que leur rôle d’observatoire du district au sein de l’Education Nationale. Ils doivent être pourvus des moyens humains et matériels, à la hauteur des besoins actuels des usagers en matière d’information, d’accueil et de conseils. Il ne saurait être question de diluer leurs missions en les regroupant structurellement et fonctionnellement avec des d « Maisons de l’emploi » dont les objectifs et les publics ne correspondent nullement aux priorités des CIO.

Avril 2006

 
 

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