17 novembre 2011
Le dernier CSE ayant eu lieu il y a quinze jours, je centrerai mon intervention au nom du SNES-FSU sur un point d’actualité et éviterai de répéter ce que nous ne cessons de dire depuis des mois sur la situation du second degré et que M. le Ministre se refuse obstinément à entendre (obligations de service, réforme du lycée, histoire des arts, LPC, la liste est longue).
Nous avons eu connaissance du projet transformant radicalement l’évaluation des enseignants du second degré, des personnels d’éducation et d’orientation. Je sais que ce texte n’a pas vocation à être étudié par le CSE, mais considère que sa portée sur la définition des missions des enseignants et sur les modalités d’exercice de leur métier est telle que les membres de cette assemblée doivent les connaître.
Le projet, au prétexte de supprimer l’exception que constituaient les modalités d’évaluation des enseignants dans la Fonction Publique, remet en cause ce qui sous-tendait cet état de fait qui n’était pas le fruit d’un hasard ou d’une quelconque erreur historique, mais bien la reconnaissance d’une spécificité de nos métiers de l’éducation.
En plaçant le chef d’établissement comme seul évaluateur et en l’instaurant ainsi comme unique supérieur hiérarchique des enseignants du second degré, le texte nie la pluralité des activités de l’enseignant dans l’exercice de sa profession. Seul le côté administratif est ainsi valorisé et ce qui fait le cœur du métier, c’est-à-dire l’activité dans la classe, est réduit à ce qui peut en être visible à l’extérieur, voire occulté.
D’aucuns trouveront sans doute normal, dans cette société qui prétend tout mesurer et réduire l’activité humaine à quelques indicateurs chiffrés, d’évaluer les enseignants sur quelques critères qui ne pensent pas la qualité de la relation humaine, la maîtrise de ce qui enseigné mais uniquement sur la quantification bien aléatoire du progrès des élèves. Evaluer l’apparent résultat immédiat plutôt que le geste professionnel devient la norme, au mépris de la professionnalité. Le SNES-FSU n’est pas de ceux-là, parce qu’il considère qu’être enseignant, c’est une alchimie plus complexe entre maîtrise de sa discipline, transposition didactique, gestion de groupe, prise en compte des situations individuelles, transmission de valeurs mais aussi du plaisir d’apprendre et de découvrir, rigueur intellectuelle, travail en équipe…et j’en oublie sans doute. Je voudrais rappeler que les enseignants ne contestent aucunement l’évaluation d’une partie de leur activité par le chef d’établissement, qu’ils ont au cœur la réussite des élèves et qu’ils s’en sentent comptables. Mais pour eux la réussite des élèves ne se réduit pas à la comparaison des résultats obtenus entre le début et la fin de l’année, mais intègre bien d’autres facteurs humains difficilement mesurables et qui parfois produisent des effets beaucoup plus tard dans la trajectoire scolaire des élèves.
D’autres trouveront peut-être ce discours corporatiste, mais je voudrais les inviter à réfléchir sur la conception de l’enseignement que sous-tend le projet ministériel. A l’heure où la politique éducative se résume tristement à la recherche de gisements budgétaires et à l’imposition de réformes toutes plus contestées les unes que les autres par nos professions, alors que la mise en concurrence, pour des raisons idéologiques, est généralisée à tous les étages du système éducatif, la mise des enseignants sous tutelle exclusive du chef d’établissement est lourde de sens. L’essentiel n’est plus ce que l’on enseigne, ce que l’on transmet aux jeunes qui nous sont confiés, mais l’obéissance aux injonctions, à la mise au pas du système sommé de se plier aux indicateurs de la LOLF et autres objectifs d’économie et de rentabilité. Et je n’insisterai pas sur les économies substantielles que le ministère envisage de réaliser en gelant les possibilités de promotion jusqu’en 2015 !
Présentée comme la panacée et parée de toutes les vertus pédagogiques, l’autonomie des établissements, par ce texte et par tous ceux publiés ces derniers mois qui organisent la déréglementation et placent le fonctionnement du système sous une avalanche de contrats d’objectifs comme autant de poupées gigognes, n’est en fait qu’une cascade de verrous administratifs pour mieux renvoyer au local la gestion d’une pénurie et l’abandon d’une véritable ambition pour tous.
Un tel projet ne va pas dans le sens du développement du travail collectif, de la sérénité nécessaire à l’accomplissement de nos missions, de la transmission du plaisir d’apprendre, de chercher, de découvrir, mais aussi de reconnaître l’altérité, le vivre ensemble. Il est le point d’orgue d’une transformation radicale de nos métiers dont personne ne tirera bénéfice parce qu’elle va à l’encontre de ce qui en constitue la nature.
Le SNES-FSU et les personnels n’acceptent pas ces orientations. Ils vous demandent, M. le Ministre de retirer ce texte, et de mettre en place une véritable concertation sur les modalités d’évaluation à partir des transformations réelles et déjà en œuvre des métiers de l’éducation et qui permette de prendre en compte toutes les dimensions de notre activité professionnelle.