23 mai 2011
Sous l’impulsion de l’académie des sciences, a été expérimenté au collège de la rentrée 2006 à juin 2011 un enseignement scientifique dit « intégré », regroupant dans un même module SVT, physique-chimie et technologie en classe de 6ème, voire de 5ème. L’EIST s’appuie sur une pratique mise en œuvre au primaire il y a une dizaine d’année, "la main à la pâte", basée sur la démarche d’investigation scientifique. La phase d’expérimentation a bénéficié de moyens conséquents : 4h30 par groupe d’élèves (3 groupes pour 2 classe), heures de concertation dans le service des 3 enseignants concernés, encadrement par l’académie des sciences au plus près des équipes.
Bien qu’aucune évaluation rigoureuse du dispositif en terme de formation scientifique des élèves ne soit actuellement disponible, le ministère qualifie ce dispositif de « succès et d’expérimentation exemplaire » [1] et demande par circulaire [2] aux recteurs, IPR et chefs d’établissements, de pousser à son développement (à terme 400 collèges), principalement dans les CLAIR [3] où le recrutement local des personnels peut permettre de l’imposer dans le cadre de lettres de mission. L’abondement de moyens lié à l’expérimentation (heures de concertation, accompagnement des équipes) disparaît. Les collèges qui installent l’EIST doivent maintenant le faire à moyens constants.
A consulter :
la présentation du dispositif EIST sur le site qui lui est dédié
la présentation du plan sciences sur le site du ministère
Le développement de l’EIST ces 4 dernières années tient essentiellement aux conditions qui ont été faites aux équipes. Mais dans un contexte marqué par les restrictions budgétaires, les suppressions de postes massives et la volonté ministérielle de rapprocher le collège du 1er degré dans des « écoles du socle », l’EIST change de nature.
Les reproches faits à l’enseignement des sciences au collège et auxquels l’EIST prétend répondre, à savoir des résultats médiocres aux évaluations PISA et une désaffection des élèves pour les sciences, nous semblent injustes et infondés (PISA ne mesure pas tout, la désaffection pour les sciences est un phénomène bien plus complexe qu’il n’y paraît). Il se profile derrière l’EIST une vision réductrice des sciences, de la technologie, et de l’enseignement au collège dont nous ne voulons pas :
l’intégration de la technologie dans ce dispositif ne se justifie que par ignorance et opportunisme. La science répond au besoin de comprendre le monde qui nous entoure, s’appuie sur un certain nombre de démarches, notamment inductive et expérimentale.
La technologie permet d’étudier les outils et les démarches de conception, de fabrication, de maintenance des objets techniques (permettant de répondre par leurs fonctions techniques au besoin exprimé par un utilisateur). Par les pratiques pédagogiques qu’elle organisait au collège à partir de la « démarche de projet technique », elle donnait du sens et valorisait, sans les concurrencer ou s’y substituer, les différents apports disciplinaires de l’enseignement scientifique que l’élève utilise. La technologie n’est pas une science. Ramener la technologie à une sous-science expérimentale (« comment cet objet fonctionne-t-il ? ») ne saurait tenir lieu de formation ni scientifique ni technologique.
l’enseignement de trois disciplines scolaires par un même professeur n’est pas acceptable. Les collègues qui ont participé à l’expérimentation se disent en difficulté dans les disciplines qui ne sont pas les leurs.
L’EIST est instrumentalisée pour inscrire la bi-, voire la poly-valence au collège et y remettre en cause la structuration disciplinaire des enseignements.
Le SNES soutient les expérimentations lancées par les collègues dans le cadre de l’article L 401-1du code de l’éducation. Mais ce dispositif, issu d’une initiative de l’académie des sciences, reste une mauvaise réponse à une question mal posée. La revalorisation de l’enseignement des sciences passe d’abord par celle des conditions d’étude pour les élèves, et d’exercice pour les enseignants :
repenser les contenus d’enseignement scientifiques et technologiques, en les articulant mieux entre eux, afin de permettre aux élèves de s’approprier un savoir cohérent ;
donner aux établissements les moyens pour travailler en groupe allégés, sur des plages horaires décentes ;
donner aux personnels du temps de concertation.
Rappelons enfin que l’EIST, comme tout autre « dispositif », fait partie du projet d’établissement. A ce titre, sa mise en place doit faire l’objet de l’assentiment des enseignants concernés et d’un vote favorable en Conseil d’Administration. L’EIST ne peut en aucun cas être imposée aux équipes. Contactez votre section académique SNES en cas de difficulté.
[1] Première et avant dernière ligne de la conclusion page 63 du Rapport IGEN - n° 2009- mai 2009
[2] Bulletin officiel n°10 du 10 mars 2011 « Une nouvelle ambition pour les sciences et les technologies à l’École » NOR : MENE1105413C circulaire n° 2011-038 du 4-3-2011
[3] Collèges, Lycées Ambition Innovation Réussite