26 janvier 2009
L’US : L’annonce de la « mastérisation » a provoqué des interrogations et des craintes dans les IUFM. Quel est l’état d’esprit des formateurs aujourd’hui ?
Philippe Watrelot : La « nuit des IUFM » le 4 septembre dernier a rassemblé plus de 150 personnes à l’IUFM de Paris où je suis formateur en temps partagé. Cela a permis d’informer et de mobiliser les collègues qui n’avaient pas tous encore conscience des dangers potentiels. Le leitmotiv de cette soirée était l’affirmation que nous n’étions pas dans une seule logique de défense de la « boutique » IUFM mais bien dans une défense de l’idée même de formation des enseignants. Loin des caricatures, les formateurs IUFM sont des gens consciencieux et rigoureux qui ont la volonté d’offrir aux stagiaires une formation de qualité. Ils sont inquiets et craignent que cet outil et tous les acquis soient supprimés dans le cadre d’une réforme élaborée dans l’opacité et la précipitation. Même si les IUFM ne sont pas exempts de critiques, on assiste ici à une remise en cause sans réel bilan et qui ne peut qu’accentuer la coupure théorie/pratique. On a le sentiment d’un gâchis...
L’US : À ton sens, quelles sont les conditions à remplir pour une élévation du niveau de recrutement des enseignants et CPE réussie ?
P. W. : À l’heure actuelle, on ne connaît pas le détail du concours. Il nous semble indispensable que celui-ci combine à la fois une exigence disciplinaire de maîtrise des connaissances et une indispensable réflexion pédagogique et didactique. Cette réflexion doit être alimentée par une « préprofessionnalisation », c’est-à-dire une approche du métier qui permette de choisir en connaissance de cause et qui s’appuie sur un vrai aller-retour entre le terrain et la mise en perspective sur sa pratique. Le « compagnonnage » tel qu’il est présenté, ne semble pas aller dans ce sens. Il n’offre qu’un référent au stagiaire et il mythifie le « terrain » sans offrir le temps d’échange et de mutualisation indispensable pour une formation réussie. Je crains qu’on échange la « masterisation » contre l’abandon d’un des principes majeurs du statut actuel du « stagiaire », c’est-à-dire le fait d’être payé pour se former ! On peut s’inquiéter aussi de voir se produire un nombre important de démissions de jeunes collègues au bout de quelques années comme on le constate dans d’autres pays.
L’US : Pourquoi le CRAP est-il partie prenante des États généraux de la formation des maîtres ?
P. W. : Depuis toujours le mouvement que je représente affirme qu’« enseigner est un métier qui s’apprend ». C’est le sens même de l’existence de notre revue depuis plus de soixante ans. Notre participation à ces États généraux est donc logique d’autant plus que c’est une action qui rassemble de nombreux mouvements et syndicats. Cela correspond bien à notre volonté d’action collective et au rôle de « passerelle » que nous voulons jouer. Nous sommes, depuis toujours, une association qui rassemble des enseignants de différents niveaux et de différents syndicats.
L’US : Qu’attends-tu des États généraux de la formation des maîtres ?
P. W. : L’objectif est double. Il s’agit d’apporter des éléments de bilan des IUFM (ce que ne fait pas le ministre qui réforme sans évaluer...) et de faire des propositions alternatives. Il nous faut aussi avoir une stratégie très immédiate d’action face aux enjeux et incertitudes de cette réforme. En attendant la journée d’action plus globale du 19 octobre, une journée pour réfléchir et agir sur tous ces sujets, ce n’est pas du luxe !
Propos recueillis par E. M.