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Etat des lieux
9 décembre 2008
Le ministère met l’accent sur les insuffisances du lycée (notamment « les grandes faiblesses » de la seconde et la « grande déperdition avant et après le baccalauréat ») pour justifier sa réforme. Qu’en est-il véritablement ?
1. Une incontestable démocratisation a été réalisée, mais elle reste insuffisante :
- De réels progrès :
l’accès au lycée s’est élargi, le taux de bacheliers / classe d’âge n’a cessé de progressé (en 1980, à peine 35% de chaque génération atteignaient une classe de baccalauréat, cette proportion a été portée à 70%, 63,7% obtenant le bac en 2008).
d’une manière générale, l’élévation des qualifications est indéniable. Entre 1995 et 2005, dans toutes les catégories socioprofessionnelles l’accès aux études supérieures a progressé (cf. Diplôme des jeunes de 20 à 24 ans, en fonction du milieu social).
- mais on ne peut se contenter de l’existant :
depuis 1995, on assiste à un tassement de l’accès au bac.
Le poids des déterminismes sociaux est toujours préoccupant. L’accès au lycée est marqué par l’origine sociale. Par exemple, la comparaison entre la composition des classes de collège et de seconde générale fait toujours apparaître une sous-représentation des enfants d’ouvriers et une sur-représentation des enfants de cadres. De même, il y a aussi un lien direct entre CSP et réussite au bac. [Autre illustration : la carte de France montrant les inégalités entre les régions, la proportion de bacheliers variant en fonction de la proportion d’enfants issus de CSP favorisées]
Si la diversification des voies au sein du lycée a contribué à la démocratisation, ces voies sont hiérarchisées et marquées socialement (18% d’élèves issus de milieux défavorisés en 1ère et T. générales, 37 % en 1ère et T. technologiques et 54% dans le cycle professionnel)
En outre, dans une voie, les séries sont soumises à une hiérarchie de même nature (il suffit de penser à composition sociologique de la série S). La réforme Allègre a accentué le poids de cette hiérarchisation.
Il reste des progrès à faire en matière de mixité garçons/filles.
2. Dysfonctionnements dans l’organisation du lycée :
- Les redoublements en fin de 2nde montrent que les difficultés d’adaptation au lycée existent bel et bien (toujours 15%). Ces données corroborent les propos des lycées voire des familles sur la difficulté que représente l’entrée au lycée. Il faut toutefois nuancer ces données : le nombre d’élèves n’ayant pas de retard a régulièrement augmenté (par exemple : en 1995, 50 % d’élèves de 2nde étaient à l’heure, contre 69,2% actuellement) en et il faut surtout d’interroger sur les causes de cet échec (effectifs, grilles horaires, efficacité des dispositifs de soutien, difficulté de varier les situations pédagogiques, attentes et codes implicites…)
- Choix en fin de 2nde et parcours des lycéens : on assiste à des formes de pré-recrutements, par exemple des bons élèves pour la série S
- Les voies et séries connaissent des fortunes diverses : la série L dépérit (- 50 % en dix ans, environ 11 % de l’ensemble des bacs) alors que effectifs de la série S continuent d’augmenter (= 33,4 % des élèves de T. voies générale + technologique)
3. Liaison bac/supérieur : un des problèmes majeurs d’après le ministre… mais la situation est là aussi plus contrastée.
- On ne peut dire qu’un bachelier sur deux échoue dans le supérieur : les ¾ des bacheliers qui s’étaient inscrits dans filière générale de l’université, après leur baccalauréat sortent du système éducatif avec un diplôme de l’enseignement supérieur. Plus de 60 % ont obtenu un diplôme universitaire, 15% un autre diplôme supérieur (BTS, DUT..).
- On peut toutefois constater un certain nombre d’inégalités :
les poursuites d’études dans l’enseignement supérieur sont corrélées au type de baccalauréat obtenu.
Les déterminismes sociaux pèsent lourdement sur l’accès à l’enseignement supérieur (Taux d’accès au supérieur : 81 % d’enfants de cadres, 36 % d’enfants d’ouvriers non qualifiés).