5 novembre 2003
Cet ouvrage est petit par le nombre de pages, mais a une grande ambition : situer la documentation dans l’histoire de la pensée et des pratiques de pensée pour mettre en évidence qu’elle doit devenir un objet d’apprentissage pleinement reconnu.
En effet, Muriel Frisch s’efforce de faire ressortir, dans une analyse anthropologique et historique, l’émergence de la documentation non seulement comme technique de " rangement " des documents mais comme science des traitements matériels et symboliques, comme science, aussi, des modes de travail sur les documents et les systèmes qui les organisent. Est ainsi mise en pleine clarté l’articulation entre les " pratiques sociales de référence " qui la fondent, mais aussi dont elle permet l’intelligibilité, et la science de l’information et de la documentation qui en assure la rationalité. À partir de là peut donc se concevoir et se mettre en action une pédagogie de la documentation conçue non seulement comme une mise en situation d’activité documentaire des élèves mais, en même temps, comme l’apprentissage de concepts qui donnent prise aux élèves sur ce qu’ils font quand ils apprennent, puisqu’aussi bien, le document a son destin indissolublement lié aux apprentissages. La préface que Jean-Pierre Astolfi a donnée à cet ouvrage n’est pas seulement protocolaire, elle éclaire, à partir du point de vue épistémologique, les raisons d’une émergence d’une nouvelle discipline scolaire.
Il y a bien à penser une didactique de la documentation-information car il faut bien didactiser ces savoirs et ces pratiques sociales de référence. Les professeurs documentalistes ne peuvent donc pas être autres que des enseignants, ce qu’ils sont devenus, ou ce qu’ils aspirent à être ; dans notre système scolaire, cela ne résulte pas d’un aléa de l’histoire scolaire, mais procède d’une exigence de l’école républicaine et démocratique.
Jean-Louis Charbonnier