16 mai 2011
Les programmes de Seconde, de Première et les projets pour les classes de Terminale provoquent de grandes inquiétudes quant à l’avenir de la discipline dans la formation des élèves de lycée et déstabilisent fortement le métier.
Une discipline dans la tourmente
Seconde
En Seconde, le programme s’est alourdi et la démarche proposée suscite de profondes interrogations quant à sa pertinence didactique. Ainsi, la question obligatoire « de Constantinople à Istanbul » (là uniquement pour justifier que l’on traite encore de l’islam ?) se rattache en réalité fort mal au restant de la question (l’élargissement du monde, à savoir les grandes découvertes), et oblige à un exercice d’équilibriste pour justifier ce « détour » auprès des élèves. Les enseignants avouent souvent qu’ils ne boucleront pas le programme, sauf à survoler certains aspects qui auront juste le mérite d’avoir été « vus ». Soucieux de maintenir un tant soit peu de sens à ce qu’ils enseignent, ils opèrent déjà certaines coupes franches pour ne pas sacrifier la Révolution française ou le début du XIXe siècle...
Première
Mais en Première, les choses s’avèrent beaucoup plus graves : 48 « études », 23 en histoire, 25 en géographie (soit au moins autant de sujets de bac possibles...), pour une trentaine de semaines de cours effectifs, cela fait en moyenne environ deux heures et demie de cours par étude, méthodologie, évaluations et corrections comprises. Aujourd’hui, les élèves font une composition en fin de Terminale sur des sujets ayant donné lieu à au moins huit heures de cours, ils ont une année de formation en plus, et pourtant cela reste pour beaucoup une épreuve difficile. En traitant en grand galop et à coup de « cas significatifs » des questions aussi complexes que les relations internationales entre 1945 et 1990, on risque fort de gaver nos élèves, dans tous les sens du terme... Face à une alternative mortifère – je fais tout mais cela n’a aucun sens ; je fais ce que je peux mais ils n’auront pas tout vu pour le bac – il est nécessaire de s’emparer collectivement du problème en proposant, par exemple une réorganisation un peu sensée de l’architecture du programme comme le font des professeurs d’histoire géographie du lycée Diderot de Marseille et des établissements des environs (voir le texte qu’ils proposent et auquel peut se joindre tout prof d’histoire géographie en lycée : http://aggiornamento.hypotheses.org/178)Il s’agit d’obtenir nationalement une remise à plat de ce programme infaisable et l’ouverture du débat, occulté dans la réforme, de la place de l’histoire-géographie en lycée et en particulier en série S.
Terminale
Peu de réactions au programme de Terminale, actuellement en consultation, nous parviennent pour l’instant. Serait-ce l’écho d’une adhésion massive des collègues ? Ou plutôt le résultat d’une profonde (et préoccupante) désillusion des collègues envers un processus de consultation dont ils n’attendent plus grand-chose, au moment où chacun est dans l’urgence du bouclage du nouveau programme de Seconde et/ou l’anticipation effarée de celui de Première ? En tout cas, même s’il présente des nouveautés intéressantes, il est lui aussi très ambitieux et très lourd, sans échapper à cette tendance de l’éclatement des « questions » sans cohérence entre elles à l’intérieur des « thèmes ». Il faut mobiliser la profession et obtenir, avant son passage devant le Conseil supérieur de l’éducation, qu’il soit revu en partie et allégé pour permettre de faire réfléchir les élèves et pour réellement les préparer au supérieur.
Alice Cardoso
contenus.secretariat@snes.edu