3 décembre 2009
Nous avons aujourd’hui à examiner un ensemble de textes définissant une réforme des voies générale et technologique du lycée.
Cette réforme en cache une beaucoup plus profonde et globale de la gouvernance et l’organisation des EPLE.
Même si cet ensemble de textes est parfaitement cohérent je distinguerai 3 catégories :
le projet de décret EPLE
les structures
l’orientation
parce que les discussions sur les trois se sont passées de façons différentes et qu’ils sont de portées inégales.
Que le Ministère présente aujourd’hui un projet de décret EPLE, tel qu’il est rédigé, est l’illustration de la conception gouvernementale du dialogue social de ce ministère : les discussions sur la réforme dite du lycée ont certes abordé le problème des marges d’autonomie de l’établissement dans la gestion des heures globalisées mais, jamais nous n’avons eu connaissance des rédactions qui seraient proposées, ni des choix qui présidaient à leur élaboration.
Nous avons donc vendredi découvert un texte qui organise clairement l’autonomie du chef d’établissement qui désigne, seul dans sa grande sagesse, les membres du conseil pédagogique, le préside, présente au CA le projet et l’impose, sans autre forme de procès, si le CA le rejette 2 fois. Le CA a donc deux chances d’être d’accord avec le chef d’établissement…. Voila ce que le ministère appelle un fonctionnement démocratique !
Le SNES-FSU ne peut accepter ce texte, ni sur le fond, ni sur la forme !
Sur les structures, le texte révèle peu de surprises, puisque nombre de dispositifs étaient connus depuis quelques semaines. Mais là encore, quand elles existent, la plupart des surprises sont mauvaises…alors que l’on aurait pu espérer mieux en ce mois de décembre…et à l’approche des fêtes de fin d’année.
Par exemple, le ministre avait promis de garantir le maintien du potentiel horaire des divisions de seconde à la rentrée 2010 et le texte parle d’une dotation sur une base moyenne de 39 heures attribuée par le recteur et pouvant être modulée en fonction des spécificités pédagogiques de l’établissement.
Modulée sur quels critères ? En fonction des résultats de l’établissement ? Mesurée par qui ? Comment ? En fonction du projet ? S’agit-il au bout du compte d’une façon déguisée d’imposer la contractualisation des moyens si chère à nos têtes pensantes européennes ou de l’OCDE qui ne voit dans l’École qu’un vaste marché ?
Bref, l’attribution des 39h par division n’est pas acquise…sauf peut-être pour les établissements les plus prestigieux qui sauront faire les pressions nécessaires et offrir les projets les plus attirants…
Peu de surprises donc dans l’architecture proposée :
Accompagnement personnalisé, dont on aurait pu espérer qu’il soit une véritable réponse à la demande légitime des lycéens d’un meilleur encadrement, d’une plus grande explicitation des attentes, d’un véritable accès à l’autonomie. Ce qui est proposé est au final multiforme, bien flou, et installé par la diminution des horaires disciplinaires.
Enseignements d’exploration réduits à 1h30 par semaine et qui risquent bien de n’être qu’un fallacieux « appartement témoin » d’un lotissement construit au rabais, et dont certains intitulés laissent rêveurs (qu’est-ce qu’un enseignement de « patrimoines ».. ?) ou sont inquiétants pour la conception de certaines disciplines (enseignements technologiques, SES) ou leur articulation entre cours et travaux pratiques ou dirigés.
Tronc commun de première dont on voir mal ce qu’il apporte de plus que l’existant à la question importante des changements de parcours dans le cycle terminal, mais dont on voit en revanche clairement l’aubaine qu’il représente pour les recteurs pour supprimer des postes en comprimant les structures et en restreignant l’accès à l’heure de première chaire de nombreuses disciplines.
Flou le plus complet sur le bac… qui aurait la particularité de permettre pour la première fois depuis la réforme de 1902 qu’un élève l’obtienne sans évaluation en mathématiques… au nom de la revalorisation de la série littéraire et de l’adaptation au monde moderne.
Rééquilibrage des séries qui crée d’autres déséquilibres et semblent plutôt conçu comme, encore une fois, allant dans un sens unique de S vers L.
Sur le texte Orientation
Là encore, ce texte instaure une approche que nous contestons. Il organise des glissements de missions, semble boucler d’avance le travail du groupe de travail installé par la DGESCO sur les missions des Copsy, vide les commissions d’appel de leur substance et fondement et s’inscrit dans la liberté du …chef d’établissement.
Nous demandons que les textes ne soient pas présentés au CSE, et que le ministre organise le 10 décembre une ½ journée banalisée dans les lycées pour que les personnels puissent exprimer leur appréciation du projet.
Roland Hubert