10 juin 2011
Il y a 4 semaines, au dernier CSE, la FSU a centré son intervention sur la circulaire de rentrée, instrument de mise en œuvre de la politique éducative menée par ce ministère, qui, pour nous, s’éloigne de la volonté de faire réussir tous les élèves. Nous avons pointé l’accumulation de dispositifs qui ont d’abord pour fonction d’être des supports de la communication ministérielle, la poursuite de réformes largement contestées par ceux-là même qui sont en charge de les mettre en place, et en premier lieu les enseignants, le tout paré de toutes les vertus républicaines ou d’ouverture culturelle, mais faisant silence sur la mise au pain sec de l’école publique, avec la poursuite de la politique de RGPP et les ravages provoqués par les suppressions massives de postes dans les écoles, collèges et lycées.
La préparation de la rentrée 2011 se poursuit, et confirme jour après jour ce que nous dénonçons. Cette rentrée sera calamiteuse et le gouvernement en porte la pleine responsabilité.
La FSU n’évoquera ici que 2 points d’actualité : la campagne de publicité du MEN, et la décision d’étendre la dispositif SPAM à 250 établissements.
Il y a d’abord eu la scandaleuse « opération recrutement » organisée conjointement par le Rectorat de Paris et Pôle emploi, le 26 mai, qui a montré le peu de respect des individus par l’administration de l’éducation nationale. Le recours de plus en plus systématique à l’emploi précaire est déjà scandaleux. Fallait-il y ajouter l’humiliation de ces nombreux candidats entassés devant le CIO du Boulevard Montparnasse ? Il y a décidément des valeurs qui s’étiolent à l’éducation nationale…
Depuis 8 jours, l’actualité éducative, c’est la fameuse « campagne de recrutement » déployée par le Ministère de l’éducation nationale, qui se présente comme « un des 1ers recruteurs de France », en 2011. Nous avons tous appris un jour qu’il ne suffit pas de dire la vérité, mais qu’il faut dire « toute la vérité et rien que la vérité ». En l’occurrence, le ministère produit, aux frais du contribuable et pour 1,35 Millions d’euros, une campagne qui ne dit pas toute la vérité : en recrutant 17 000 personnes quand 33 000 partent en retraite, il est aussi responsable d’un « plan social » de grande envergure, qui s’ajoute à ceux des années précédentes, et qu’il envisage de poursuivre en 2012 : moins 16 000 en 2011, moins 16 000 prévus pour 2012.
Bien sûr, il faut faire face à la baisse inquiétante, en 2010, du nombre de candidats aux concours de recrutement. Mais le ministère de l’éducation nationale pense-t-il sérieusement que cette campagne va contrebalancer la désastreuse réforme de la formation des enseignants, la dégradation de l’image même du métier d’enseignant dans l’opinion publique et parmi les étudiants, le déclassement salarial qui ne fait que s’accentuer, et que la pseudo amélioration des débuts de carrière ne permet pas même de masquer ?
Ce n’est pas la mise de 1,35 Millions d’euros sur des spots publicitaires dans tous les médias, qui permettra de réparer les dommages créés par une politique éducative essentiellement basée sur les suppressions de postes et des réformes que nous contestons.
Pour ce qui concerne l’extension de l’opération SPAM « cours le matin, sport l’après-midi », commençons par la forme : elle témoigne une fois de plus d’une improvisation pour le moins étonnante. Qu’on en juge : une note ministérielle est adressée aux recteurs en date du 27 mai. Elle présente le cadre de l’extension du dispositif, annoncée la veille par le Ministre, sans aucune consultation des organisations représentatives et un calendrier qui va permettre tous les excès, générer tous les conflits dans les EPLE et à nouveau installer des collèges et lycées dans une expérimentation non choisie par l’équipe éducative, sur la seule volonté de chefs d’établissement eux-mêmes sous la pression des rectorats, chargés de « sélectionner » 8 collèges par académie. Le retour des candidatures au rectorat est fixé au 15 juin. Deux semaines pour monter un projet qui (je cite) « requiert l’adhésion de toute l’équipe éducative de l’établissement, des familles, des élèves, sans oublier celle des collectivités territoriales partenaires ». Car de plus, « les projets devront être co-portés par un établissement et une ou des associations sportives ou culturelles ». Tout cela alors que l’on est dans une période de conseils de classes de fin d’année, de préparation des orientations et autres menues contraintes du début juin !
Quelques mots sur le fond : Avec son extension, le dispositif SPAM devient explicitement « SPACAM » (sport et activités culturelles l’après-midi). Quelle évaluation de la 1e année ? Quel bilan dressé par le comité de pilotage, qui se distingue par sa discrétion, voire sa transparence ? A moins que les premiers bilans ne soient pas publiables ? Doit-on se satisfaire des indices de satisfaction mitigés issus de l’enquête auprès des chefs d’établissement ? Que dire du « co-portage » des projets par des associations sportives et/ou culturelles ? Comment ne pas voir dans ce dispositif, et dans son extension aux activités culturelles, un ballon d’essai pour une déscolarisation de l’EPS et des disciplines artistiques ? curieusement les mêmes disciplines quasi absentes du socle commun… Et n’oublions pas l’intitulé : « cours le matin », cela a un sens, et « sport l’après-midi ». L’enquête du SNEP-FSU, en début d’année scolaire, a montré que tous les collèges impliqués dans l’expérimentation ont placé les cours d’EPS, non pas le matin, mais l’après-midi. Décidément, pour ce ministère, il y a bien des disciplines de savoirs (celles du matin) considérées comme fondamentales et des disciplines dites de vie, considérées secondaires (celles de l’après midi). Quelle vision pauvre de l’école ! Une école ou les savoirs s’ingurgitent sur un temps réduit, le matin où la vie commence à midi ?
La FSU appelle à dire STOP. Elle refuse cette improvisation et cette fuite en avant. Elle appelle les collègues des établissements concernés, candidats le plus souvent désignés, à dénoncer les méthodes employées et à refuser le dispositif.