9 juin 2011
CSE après CSE, les différentes organisations membres de cette auguste assemblée alertent le ministère sur les conséquences de la politique éducative menée par le ministère et tentent de convaincre les représentants de l’administration, qui les écoutent poliment à la tribune, qu’il est urgent d’entendre la voix des personnels et des usagers… Rien n’y fait.
Pire, au discours courtois les réponses entendues par le terrain sont d’une violence ou d’un mépris rarement atteints : Suppressions de postes, extension de l’expérimentation SPAM, imposition des CLAIR, imposition de l’IEST, attaques sur les services, casse de la formation initiale des enseignants et CPE, imposition de bonnes pratiques…
Et cerise sur le gâteau : 1,35 millions d’euros gaspillés pour tenter de redorer une vitrine saccagée par les décisions ministérielles, pour tenter de donner une image positive de métiers que, Monsieur le Ministre, vous dévalorisez et mettez, sciemment, sous tension. 1,35 millions d’euros gâchés dans une pathétique campagne publicitaire ressentie comme une provocation par des personnels qui se débattent dans la pénurie que vous organisez, comme une gigantesque manipulation qui ne fait pas honneur aux valeurs que l’Ecole tente, malgré votre politique, de faire partager aux jeunes de ce pays.
Je n’évoquerai que quelques points pour illustrer mon propos :
A ce jour, le Ministère n’a toujours pas fait connaître la liste des établissements (E)CLAIR à la rentrée 2011 mais il a indiqué dès le mois de janvier que la majorité des RAR avaient vocation à devenir CLAIR.
Un « vademecum » réalisé par le ministère indiquerait que « L’extension du programme Eclair est l’occasion d’une refonte de l’éducation prioritaire…. » et qu’ « il n’y aura plus de RAR à la rentrée 2011. Les recteurs choisissent la façon dont ils accompagnent les écoles et les collèges ’ambition réussite’ qui ne deviennent pas Eclair."
Le SNES tient à exprimer sa colère face à de telles méthodes. Tout cela confirme les inquiétudes que nous avons depuis le départ.
Le programme CLAIR représente à la fois :
• un recentrage injustifié de l’éducation prioritaire sur un nombre limité d’établissements abandonnés sans moyens spécifiques à une déréglementation forcenée
• et un dévoiement majeur du principe fondateur « donner plus à ceux qui ont le moins ».
Aucun des 105 actuels CLAIR n’aurait apparemment utilisé cette année l’article 34 pour expérimenter des dispositifs dérogatoires mais l’annonce de l’extension s’accompagne déjà de multiples « suggestions » de la part des chefs d’établissements pour mettre en place des mesures particulièrement dangereuses pour les élèves comme pour les personnels.
On nous a par exemple rapporté le cas d’un collège dans l’académie de Lyon où le chef d’établissement aurait évoqué l’idée de constituer des classes de 3ème « à stages » dans lesquelles les élèves ne suivraient que des cours de maths, histoire-géo, français et anglais assurés par des assistants pédagogiques.
Le SNES s’insurge contre l’abandon pur et simple de la notion même d’éducation prioritaire au profit d’un programme qui n’est plus centré sur les apprentissages scolaires mais sur la notion de climat.
Il rappelle qu’il demande avec 13 autres organisations syndicales (pour la FSU : le SNEP, le SNUEP, le SNUIpp, le SNUPDEN, le SNASUB, le SNPI ; le SE-UNSA et AI-UNSA, la CGT Educ’action, le SNALC-CSEN, SUD –éducation, le SNCL-FAEN et le SNETAA-FO,) l’abandon du programme CLAIR et exige une véritable relance de l’éducation prioritaire avec la volonté politique d’améliorer, dans les établissements qui en relèvent, les conditions d’études des élèves et les conditions de travail des personnels au sein d’équipes pluriprofessionnelles complètes.
En ce qui concerne la préparation de rentrée en lycée, un certain nombre de recteurs, instrumentalisant les décrets de 1950 et en détournant l’esprit, demandent actuellement aux chefs d’établissement
d’une part, de limiter au maximum l’accès des professeurs aux heures de première chaire
d’autre part, de majorer le service des professeurs dès lors qu’ils enseignent plus de 8 heures devant des groupes à effectif réduit
La réforme du lycée, que le SNES continue de dénoncer, provoque bien assez de complications dans les lycées avec la mise en place de l’accompagnement personnalisé, du tronc commun et la gestion des dotations globalisées, sans que les rectorats se mêlent de compliquer encore la tâche des équipes en y cherchant des gisements d’efficience. Le SNES demande l’application dans l’esprit du décret de 1950 et de ses textes d’application, (circulaire du 1er décembre 1950, note de service du 31 janvier 1952). Bref, il demande simplement que le ministère tienne son engagement pris lors de l’abrogation des décrets Robien de revenir aux modalités de mise en application des décrets statutaires qui avaient cours avant la publication des décrets abrogés.
Concernant les indemnités d’examen, Fin mai, 20 % des collègues franciliens qui ont assuré la session d’examen 2010 pour le bac n’avaient pas été payés. Le retard de paiement, constaté pour la troisième année consécutive, s’accroît de façon insupportable. Le SNES demande une procédure d’urgence pour que tous les collègues soient payés fin juin.
Concernant le programme de SVT en terminale, le SNES condamne les attaques portées contre les programmes de sciences de première générale. Aborder en classe la question de l’orientation sexuelle est un premier pas vers la liberté de chacun, et entre dans les missions de l’Ecole publique laïque.
Concernant l’orientation, nous sommes toujours dans l’attente de la version finale du décret sur les missions des COPsy… Cela cacherait-il quelque chose ? Je ne peux croire que le ministère, là encore, a choisi de laisser le terrain inventer une nouvelle réglementation locale, consacrant l’abandon de l’idée d’un service public de l’orientation scolaire !
Je ne sais si, aujourd’hui, nos demandes seront entendues… tellement le sentiment d’échec pédagogique est grand face à votre entêtement. Pourtant les faits sont têtus, alors pour finir et pour changer de registre, je me permettrais, Monsieur le Ministre, de simplement en relater quelques uns qui éclaireront le CSE sur la réalité de notre quotidien, sur la réalité du système éducatif que vous construisez :
Bernard, principal-adjoint en collège, a trouvé le métier de ses rêves : il a revu les notes d’histoire des arts des élèves de son collège selon ses estimations de réussite au brevet : s’il estime qu’un élève doit avoir le brevet, il relève la note mise par le jury, sinon….il laisse la note….
Jacqueline, principale de collège a trouvé le métier de ses rêves : elle a donné ses consignes de notation aux examinateurs de son collège : mettre entre 10 et 12 si ce n’est pas « terrible », entre 12 et 14 à ceux qui avaient un peu travaillé et ainsi de suite jusqu’à 19,5 ; 20 étant une note interdite.
Claire, professeur d’éducation musicale a trouvé le métier de ses rêves : lundi, travaillant en salle des professeurs, elle essayait de remplir la fastidieuse et bien inutile liste d’items à cocher des livrets de compétences de ses 150 élèves de troisième quand elle a vu son principal entrer avec un élève de troisième. Ce dernier avait oublié de se présenter à l’épreuve d’histoire des arts le vendredi précédent. Le principal, faisant une entorse au règlement de l’examen pour le bien de l’élève demande alors à Claire d’interroger cet élève…mais il faut alors trouver un deuxième examinateur…comme tous les autres enseignants étaient occupés à faire cours, le principal s’est donc proposé pour être ce deuxième examinateur…
Mais je sens que je vous ennuie avec ces détails, avec ma manie de chercher l’égalité et la justice, avec ma faiblesse de croire encore aux valeurs d’un examen, aux valeurs du travail bien fait
… Tout va bien…euh, pardon, tout ira bien…Ou pas…
Merci