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Interview d’Odile Cordelier

17 décembre 2010

 

L’interview d’Odile Cordelier est paru dans le supplément de l’US Retraités de Décembre (p.9 et p.17) ; nous vous en proposons ici le texte intégral .

Quels enseignements tires-tu des euro manifestations du 29 septembre ?

Tout d’abord, c’est le succès de l’Euro – manifestation à Bruxelles avec plus de 100 000 participants venus de toute l’Europe, membres de 50 organisations de 30 pays pour dire haut et fort aux décideurs politiques « Non à l’austérité. Priorité à l’emploi et à la croissance. » Une démonstration remarquable de la capacité du mouvement syndical européen à faire converger les luttes nationales et à les relayer au plan européen. Je dirai que tous les travailleurs qui ont participé à cette manifestation sont venus non seulement pour dire non au modèle de « gouvernance économique » qui est proposé par la Commission dans le but de réduire les déficits publiques mais aussi pour mettre sur la table des revendications concrètes en matière de qualité d’emploi, de salaires et de conditions de travail. De mon point de vue, cette manifestation a marqué un tournant dans la capacité de la CES à opposer un front syndical clair et visible et à mieux faire connaître des propositions alternatives. Bien sûr, il reste à faire fructifier le rapport de force en prenant des initiatives qui sont à la hauteur des enjeux. Le 15 décembre prochain sera une nouvelle étape dans la mobilisation sous des formes diverses dans les différents pays. Et il faut noter qu’est déjà inscrite dans le paysage la perspective d’une mobilisation d’ampleur en Hongrie (Budapest ?) qui aura la Présidence du Conseil de l’UE à partir du 1er janvier 2011.Détermination et dynanisme, ce qui redonne de la confiance aux salariés dans l’action collective. Les débats au Comité Exécutif de la CES des 1er et 2 décembre permettront, je l’espère, de poursuivre dans cette voie.

Les 13 et 14 octobre, le Comité Exécutif de la CES a adopté une résolution sur les retraites dans l’UE (1). Quelles en sont les principales lignes directrices ?

On peut déjà retenir que cette résolution est bien plus qu’une simple réponse au Livre vert de la Commission Européenne publié en juillet dernier. Un groupe de travail sur la protection sociale a élaboré ce document avec le souci de l’intégrer pleinement à la campagne générale de la CES contre les plans d’austérité que nous voyons se développer, en particulier contre ces projets injustes et inefficaces de réformes qui préconisent le relèvement de l’âge légal de départ à la retraite, l’allongement de la durée de la cotisation pour pouvoir prétendre à une retraite à taux plein et mettent à mal le système par répartition. Le document met très rapidement l’accent sur la défense du système par répartition. Il faut « renforcer les régime publics de pension fondés sur la répartition, c’est-à-dire sur la solidarité inter et intra générationnelle et réduire et contrôler le développement des systèmes individuels de pensions gérés par les institutions financières. » Nos camarades syndicalistes européens savent très bien que le régime par répartition est le pilier du modèle social français et le fort mouvement social en France traduit une aspiration à une société plus juste et plus solidaire. Cette aspiration dépasse les frontières de la France ! Ainsi, la CES rejette l’approche de la Commission qui consiste à présenter les réformes des retraites comme un objectif à atteindre, celui de « renforcer la viabilité des fiances publiques ». Autrement dit, conditionner le montant et la qualité des pensions aux capacités financières des états. La CES rappelle d’ailleurs de façon très vigoureuse que l’UE n’a aucune compétence pour intervenir sur l’organisation, la structure et le financement des systèmes de retraite. D’autres thématiques sont développées afin de contrecarrer ce qui est érigé en postulat par la Commission, c’est-à-dire le principe que les montants des retraites devraient inexorablement diminuer à l’avenir ! Je lis cette résolution un peu comme un essai sur la définition de l’Europe sociale que nous voulons en termes de pension ! Et je me dis que la bataille n’est pas terminée, qu’il va falloir se mobiliser et renforcer les solidarités que nous avons vu se dessiner entre actifs et retraités, jeunes et moins jeunes, salariés ayant des postes « stables » et précaires, hommes et femmes.

Dans le cadre de tes responsabilités au Bureau CSEE, tu es plus particulièrement chargée du dossier égalité hommes - femmes. A la lumière du bilan social européen que l’UE a publié et des réformes des retraites mises en œuvre, ne penses-tu pas que nous allons vers des régressions plutôt que vers des progrès ?

Je ferai d’abord observer que le CSEE tout comme l’IE (Internationale de l’Education) n’ont pas attendu que soit publié un « Bilan social européen » pour attirer l’attention sur le dossier égalité hommes – femmes en incitant les organisations membres à être mobilisées de façon beaucoup plus concrète et surtout plus transversale. Il ne suffit pas de rédiger et d’adopter des résolutions ou motions sur le thème de l’égalité des genres ! C’est une responsabilité que tant les hommes que les femmes doivent partager. Et nous, syndicats, nous avons un rôle décisif à jouer afin de transposer dans la réalité cette notion d’égalité ! Personne ne le fera à notre place ! Il nous faut, ensemble, à tous les niveaux de notre organisation syndicale, les mettre en œuvre et se donner les moyens d’en assurer une évaluation sur le long terme. Quelques exemples très concrets qui m’ont frappé au cours de l’année 2009-2010. Le premier concerne le CSEE. Le SNES avec d’autres camarades syndicalistes européens, FLC –CGIL (Italie), SEB (Bulgarie), GEW (Allemagne), LIZDA (Lettonie) et OLME (Grèce) a participé activement au travail du CSEE sur la thématique relative aux « stratégies des syndicats d’enseignants visant à promouvoir l’égalité des genres ». Lors de la première réunion du Comité de pilotage de ce projet, nous avons eu à lister tous les sujets sur lesquels nous allions approfondir la réflexion : salaires, types d’emploi et de contrats, représentation des femmes dans les structures syndicales, notamment aux postes dits « de décision », l’égalité des genres dans les politiques éducatives, et bien sûr la question des retraites avec le constat affligeant que les réformes en cours sur les retraites ne faisaient qu’aggraver les inégalités qui frappent les femmes.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si au niveau de l’IE, le choix a été fait de conduire une enquête auprès des affiliés dans l’ensemble de la région Europe sur les systèmes de pension des enseignants dans 33 pays européens. « Les réformes des pensions en Europe et leur impact sur les femmes » publiée en septembre 2009 (2) met clairement en évidence le fait que « les réformes des systèmes de pensions influencent les régimes de pensions des enseignants à tous les niveaux de l’éducation et l’éducation est souvent considérée comme l’exemple – phare des professions féminisées ».

Et que met en lumière cette étude ?

« Le retrait général de l’Etat Providence s’associe, dans les réformes des pensions, à la privatisation partielle des régimes de pensions, à une réduction du système public de paiement échelonné, qui s’accompagne d’épargnes pensions et à un lien plus étroit des prestations de retraite au niveau de cotisation. Ces tendances se généralisent en Europe, mais on remarque néanmoins que le recours à un système de privatisation est plus important dans les nouveaux Etats membres de l’UE. » Régressions pour l’ensemble des salariés. Drôle de constat quand on sait que 2010 était censée être « l’Année européenne de lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale. »

(1) « Vers des systèmes de retraites adéquats- la réponse de la CES au livre vert de la CE » disponible sur le site de la CES

(2) Document préparé pour l’Internationale de l’Education par Vanja Isosevic, septembre 2009

 
 

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