15 juin 2005
« On s’oriente vers des diplômes maison, liés aux académies, voire aux établissements »
L’US : Depuis quand le CCF existe-t-il dans l’enseignement professionnel ?
Jean-Claude Duchamp : Il existe quasiment depuis nos débuts, dans les années 1985-87. Aujourd’hui, le CCF concerne tous les diplômes, du CAP au bac pro. Il s’applique la plupart du temps de manière partielle, sauf dans le cas du CAP où il concerne toutes les épreuves.
L’US : Pourquoi le CCF a-t-il été introduit et conservé ?
J.-C. D. : Ce n’était pas une demande des enseignants, mais correspondait à des préoccupations économiques, afin d’éviter l’examen final, qui coûte cher et dure longtemps. Avec le CCF, c’est l’établissement qui doit se débrouiller pour mettre en place l’examen et non plus le rectorat, donc l’État.
L’US : Sur quels critères les professeurs doivent-ils évaluer ?
J.-C. D. : C’est très différent d’une académie à l’autre, car ce sont les inspecteurs qui pilotent, mais aussi d’une spécialité à l’autre. Il existe parfois, localement, des grilles d’évaluation assez rigoureuses mais ce n’est pas le cas partout.
L’US : Pourquoi avoir lancé une pétition contre le CCF ?
J.-C. D. : L’inconvénient majeur du CCF, c’est que l’anonymat des candidats n’est pas respecté. Dans la plupart des cas, ce sont les enseignants qui préparent les sujets et évaluent leurs propres élèves. Dans ces cas là, on est forcément moins impartial et il peut y avoir des pressions, dans un sens comme dans l’autre. Par ailleurs, au niveau de la préparation des épreuves, chaque collègue est un peu seul et il n’y a pas de confrontation entre plusieurs sujets comme pour l’examen terminal.
L’US : Pensez-vous qu’il constitue un facteur d’inégalité face à l’examen ?
J.-C. D. : Bien sûr, dans la mesure où l’évaluation porte sur une partie du référentiel, le risque est de ne pas traiter partout les programmes dans leur intégralité. En plus, il y a une tendance à s’adapter au niveau des élèves. Ce qu’on craint, c’est qu’au bout d’un certain temps, on ne s’oriente vers des diplômes maison, liés aux académies, voire aux établissements.
L’US : Qu’en est-il du contrôle continu ?
J.-C. D. : Il a été expérimenté dans l’évaluation des CAP. Il s’agissait uniquement de savoir si les compétences étaient acquises ou non, on se passait même parfois des notes chiffrées. Devenu rapidement ingérable avec des aberrations dans la conversion des notes, il a fini par être abandonné il y a cinq ans.
L’US : Le CCF peut-il avoir des avantages ?
J.-C. D. : Peut-être que les élèves préfèrent ce système car ils ont moins à réviser. On disait aussi qu’en l’absence d’examen final, il y aurait moins de temps pris sur la durée de formation. Or, on pense désormais que c’est plutôt le contraire. En fait, ça multiplie les épreuves, et le CCF se pratique pendant le temps de formation, au détriment de celle-ci. Enfin, il représente un accroissement assez considérable de la charge de travail pour les enseignants, notamment au niveau administratif.
L’US : Vous êtes donc plutôt opposé à l’élargissement du CCF proposé par François Fillon ?
J.-C. D. : D’après notre expérience, il représente en effet un danger important pour les diplômes nationaux. Par ailleurs, il y aura des pressions pour améliorer les notes, comme c’est déjà le cas dans les établissements privés qui ont tendance à pousser aux bons résultats des élèves. La crédibilité des diplômes est un enjeu majeur, surtout quand on sait l’importance de la qualification pour le patronat. Or le titre délivré ne doit pas sanctionner des bouts de compétences accumulées, mais une qualification professionnelle globale.
L’US : Demandez-vous le retour à un simple examen final ?
J.-C. D. : Le problème, c’est que nous savons par expérience que le CCF partiel n’est qu’une étape. C’est ce qui s’est passé avec les CAP, qui fonctionnent désormais uniquement avec ce système. Notre objectif est donc le retour à l’évaluation terminale et nous pensons que cela est possible, puisqu’ils ont bien fait marche arrière sur le contrôle continu.