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L’analyse du Snes sur le schéma national d’orientation

23 avril 2007

 

Schéma national d’orientation : analyses et remarques du SNES

I. LES CONCEPTIONS FONDATRICES DU RAPPORT :

Le rapport se base d’emblée sur des postulats très contestables. Il affirme en effet dès la première page que « l’élévation du niveau général des formations n’a pas permis de réduire le chômage des jeunes.

D’une part, on ne peut pas dire que tout ait été mis en œuvre pour parvenir à élever significativement le niveau de tous les jeunes. De 1990 à 1995, le système éducatif a rattrapé son retard mais depuis le niveau de formation stagne ou régresse. Les réductions de postes et de moyens d’enseignement n’y sont sûrement pas étrangères. De plus, il aurait fallu un effort beaucoup plus grand pour s’attaquer au noyau dur de l’échec. On ne peut donc pas dire que tout a été fait dans ce domaine et balayer définitivement cette possibilité est pour le moins discutable.

Toutes les études sérieuses menées sur l’insertion des jeunes diplômés montrent de manière constante que plus le diplôme est élevé, plus il protège contre le chômage et plus il permet une insertion dans un secteur en rapport avec la formation initiale. Poser le débat en ces termes, c’est également exonérer à bon compte, les entreprises de leurs responsabilités dans le chômage, en particulier des jeunes. C’est ne pas prendre en compte leurs choix économiques et sociaux et leur politique de recrutement des diplômés. Le rapport laisse entendre en outre que les formations de l’Education nationale seraient inadaptées (« ces données globales ne doivent pas occulter le grave problème posé par les sorties sans aucune qualification ainsi que les nombreux échecs ou impasses dans des diplômes sans débouchés » Page 1). Il fait l’impasse sur le rôle des branches professionnelles dans la détermination et le suivi des diplômes professionnels et dans l’implantation des sections professionnelles via les instances régionales.

Tous ces arguments visent à faire admettre qu’une implication plus forte des entreprises dans la formation et l’orientation serait la solution pour lutter contre le chômage.

A aucun moment, le processus d’orientation n’est présenté dans sa continuité et dans sa complexité. Rien n’est dit par exemple sur la nécessité d’améliorer les conditions d’études, d’augmenter les passerelles, de prévoir des dispositifs pour lutter contre l’échec et remobiliser les élèves (seule la proposition 19 prévoit un entretien avec le conseiller de la mission locale pour les jeunes en situation de décrochage !)

Comme dans le rapport Hetzel, il n’y a pas d’échecs, de difficultés d’adaptation et de transition entre cycles mais uniquement des erreurs d’orientation !

L’axe 3 prévoit une coordination régionale de l’orientation et de l’insertion des jeunes (Page 29) qui correspond à une véritable inversion de l’ordre des priorités entre Etat et Régions. « Ce sont les compétences dévolues aux régions en matière de formation professionnelle et d’animation économique qui conduisent naturellement l’Etat à piloter l’orientation et l’insertion en harmonie avec les plans élaborés dans les régions. » Page 29 Il s’agit dans le domaine de l’orientation et de l’affectation des jeunes dans le système de formation initiale et dans le domaine de l’insertion et de l’emploi des jeunes, de permettre par la coordination avec la région « l’organisation d’un service public régional cohérent rassemblant les acteurs de l’information (les régions étant motrices dans ce domaine avec les branches professionnelles), de l’orientation (pilotage des recteurs) et de l’insertion (pilotage des préfets) ».

La loi de décentralisation qui limitait les compétences des régions à l’information et à formation professionnelle est donc remise en cause. L’Etat n’apparaît que comme un facilitateur des politiques régionales mais pas comme l’instance déterminant la politique éducative et constituant la garantie de sa mise en œuvre dans les mêmes conditions sur tout le territoire. Le rôle de l’Etat se bornerait à ajuster ses décisions pour qu’elles soient conformes aux décisions des régions.

Le rapport préconise d’ailleurs d’étudier différents modèles de regroupements de ces services : Groupement d’intérêt publics (GIP) ; Groupe technique attaché au Comité consultatif régional de l’emploi et de la formation professionnelle. L’objectif de ce regroupement étant bien sûr de piloter les flux localement et de pouvoir promouvoir un peu plus l’apprentissage. (Pages 15 et 16). « Devra être améliorée l’information apte à montrer aux jeunes l’intérêt de l’apprentissage pour qu’ils s’y orientent plus volontiers et s’y préparent avec la motivation nécessaire ». Cette phrase traduit parfaitement le changement de paradigme de l’orientation. La question n’est pas de savoir ce qui va permettre à chaque élève d’accéder au meilleur niveau de formation et de qualification en fonction de ses goûts, de ses aspirations et des potentialités de son développement. Il s’agit juste de conseiller systématiquement l’apprentissage ! Même chose pour le contrat de professionnalisation dont il faudra montrer l’utilité aux lycéens. On comprend que des conseillers non psychologues soient préférés !

II. LES MESURES :

1. Les mesures déjà connues :

Le schéma national comprend 28 mesures et 4 préconisations déclinées selon 4 axes. Qualifier tous les jeunes, orienter activement vers l’enseignement supérieur, coordonner, évaluer, informer ; mobiliser et professionnaliser les acteurs. Le rapport reprend plusieurs mesures qui figuraient déjà dans le rapport Hetzel et ont été pour certaines annoncées par le premier Ministre.

Le dossier unique :

Comme dans l’académie de Nantes, un dossier unique d’inscription dans le supérieur serait généralisé à la rentrée 2009.

Généralisation des observatoires afin d’analyser les parcours de formation et d’insertion.

Développement de l’orientation active :

Bien que l’élève reste en principe maître de son choix il devra recevoir un avis pour les filières et types d’enseignement choisi. On peut craindre que cette mesure ne joue un rôle assez dissuasif auprès de certaines catégories d’élèves, ou qu’elle soit utilisée pour procéder à une régulation des flux entre différentes filières inégalement choisies. De plus, on peut aussi s’interroger sur les critères qui seront retenus selon les universités et les modalités selon lesquelles les avis seront délivrés.

Réorientation des étudiants dès le premier semestre.

Cette mesure vise à permettre une réorientation soit vers une autre filière de l’université, soit vers une autre université, soit vers un dispositif de formation en alternance. Une réorientation après la mise en place de modules de soutien est également préconisée.

Développement des stages et professionnalisation dans les cursus universitaires. Des modules d’informatiques, de langues, de connaissance du monde économique et de TRE devraient être introduits dans tous les cursus de L2 et L3.

Généralisation du projet personnel de l’étudiant (PPE) Là encore on peut craindre une grande disparité selon les universités du point de vue du contenu, des modalités d’évaluation et du nombre de crédits auxquels ces modules donneraient droit. Actuellement plusieurs universités fonctionnent un peu avec des modules clés en main qui présentent l’avantage de pouvoir être effectués par l’étudiant seul ou avec les enseignants.

2. Mesures nouvelles

Généralisation de la découverte professionnelle dans toutes les classes de 3ème (mesure n°1) avec un volume de 2h par semaine sans augmentation des horaires globaux (une heure correspondrait au temps consacré pour le stage ; une autre heure serait prise sur les disciplines). Cette mise en œuvre est censée mobiliser aussi les autres services de l’Etat dont le service public de l’emploi et les entreprises.

Généralisation de l’entretien systématique assuré par les enseignants en 1ère GT, en 1ère pro et en 1ère année de CAP et de BEP et déplacé en novembre (mesure N° 2et 3) « Conduit par le professeur principal appuyé en tant que de besoin par le conseiller d’orientation , l’entretien personnalisé pour tous est destiné à déceler les motivations , à prodiguer encouragements et conseils et à recenser les besoins en information auxquels les chefs d’établissement et les conseillers d’orientation s’efforceront de répondre » Si le contenu de l’entretien est davantage recentré sur la remotivation des élèves, on constate que les conseils seront donnés par des enseignants, aidés des « conseillers d’orientation » surtout s’il y a des demandes d’information. « Il a vocation pour les élèves de lycée professionnel au cours des premiers mois de l’année scolaire à inscrire l’élève dans une démarche positive afin qu’il envisage dans les meilleures conditions la poursuite de son projet en termes de poursuite d’études et d’insertion professionnelle ».

Création d’un projet personnalisé d’orientation pour les élèves handicapés (mesure N°4) Le PPO pour les élèves handicapés sera applicable de la fin de la classe de 3ème jusqu’à l’entrée dans l’enseignement supérieur ou dans la vie active. Il est notamment destiné à constituer le document de suivi entre les enseignants référents qui ont suivi l’élève handicapé pendant sa scolarité secondaire et ceux qui assureront son suivi dans la suite de son cursus » « Le PPO est élaboré par les membres des équipes de suivi de la scolarisation c’est-à-dire le jeune ou ses parents s’il est mineur le ou les enseignants qui ont en charge sa formation les conseillers d’orientation professionnelle, de santé scolaire, du service social scolaire et naturellement les enseignants référents dont la mission est de réunir et d’animer les équipes de suivi de scolarisation » Il est regrettable que les auteurs du texte n’aient pas jugé bon de reprendre la loi de février 2005 et ses décrets d’application. Ils auraient pu constater que le terme de conseiller d’orientation-psychologue - et non professionnel - y figure en toutes lettres !

Heures de vie de classe en 2de et 1ère au service du projet personnel (mesure N° 5) Cette mesure est présentée comme déjà en place et déjà financée. Attention aux déconvenues !

Création d’un port folio pour l’orientation pour les collégiens, lycéens, et étudiant (mesure N° 6) Il s’agit de collecter et sauvegarder les informations issues de recherches documentaires, d’expériences personnelles, indiquant leurs goûts, leurs capacités auxquelles les parents, les professeurs et les conseillers d’orientation pourraient avoir accès Ce livret pourrait être utilisé dans le cadre des HVC ou de la découverte professionnelle. L’élève pouvant y noter aussi les traces des entretiens. Ceci s’articule avec le développement des ENT (espaces numériques de travail) et le web-classeur de l’ONISEP. Avec le transfert du suivi personnalisé des élèves sur d’autres personnels on peut craindre un risque d’utilisation réductrice et « piégeante » de ces traces prétendument personnelles.

Création d’un comité université/entreprises (mesure n° 14) Cette mesure consacre l’entrée des entreprises dans l’université pour la construction et le suivi des diplômes professionnels et le recrutement de professionnels intervenant dans la formation. Lors des débats sur l’enseignement supérieur cette proposition avait déjà été avancée en liaison avec les questions de financement

Comité de coordination régionale de l’emploi et de la formation professionnelle (mesure n° 18) Ce comité associe l’Etat, la Région, les partenaires sociaux. Il est le lieu de concertation sur les politiques d’information, d’orientation et d’insertion des jeunes. Cette mesure consacre l’accompagnement du gouvernement vers plus de régionalisation. L’intervention de l’Etat n’ayant pour but que de s’harmoniser avec les plans élaborés par les régions. On a vraiment l’impression d’un renversement des priorités Les régions décident. L’Etat s’ajuste « C’est bien à l’échelle régionale que doivent se coordonner efficacement les politiques d’orientation et d’insertion »

Le service public de l’emploi local devra coordonner les acteurs de l’insertion des jeunes (Missions locales et PAIO) à l’échelle du bassin (mesure 19). Il devra aussi « veiller à la bonne articulation entre les établissements scolaires, les CIO et les missions locales et à l’amélioration de la découverte professionnelle ». Chaque jeune en situation de décrochage devra être reçu par un conseiller de la mission locale. Les CIO se voyant chargés du recensement des jeunes sortis du système scolaire sans qualification et de centraliser les informations relatives aux entretiens de situation » (mesure n° 20).

III. LA PLACE DES ENSEIGNANTS ET DES CO-PSY ET DES ENTREPRISES :

La mobilisation des entreprises sur l’orientation et l’insertion des jeunes (mesure n°26) « Une nouvelle étape s’impose pour répondre aux besoins de la jeunesse qui souhaite obtenir une formation débouchant sur un emploi de qualité et satisfaire les attentes des entreprises qui cherchent des collaborateurs bien formés pour la compétition internationale » On avait bien compris qu’une rupture se dessinait ! Les entreprises seraient sollicitées sur la DP et la formation des enseignants et des personnels d’orientation sur les métiers.

Les enseignants sont considérés par les rapporteurs comme les « conseillers naturels pour l’orientation » (page 8), mais il et quand même prévu de les former « tout au long de leur carrière (mesure N°26). Dans le supérieur, le suivi des étudiants devrait être pris en compte dans la carrière des enseignants. Nul doute que l’initiative du Recteur de Strasbourg pourrait donner des idées aussi pour le secondaire ! La formation des professeurs principaux se ferait dans les établissements en les incitant à être candidats à des formations sur l’éducation à l’orientation ; dans le bassin avec l’appui des CIO ; grâce aux stages du PAF

Les conseillers d’orientation-psychologues n’existent plus dans ce rapport !

Ce sont les conseillers d’orientation qui devraient mettre en œuvre les mesures préconisées avec les enseignants, voire les conseillers d’orientation professionnelle Il est prévu de former (et non de recruter ) des conseillers d’orientation dont le métier sera centré sur la mission de faire connaître le monde économique , les entreprises, les formations et les possibilités d’insertion professionnelle. Parallèlement les conseillers d’orientation- psychologues bénéficieront de formations complémentaires » Mesure 27 Le schéma s’accorde donc très bien avec le texte Chauvet et le texte Gachet. Le corps des CO-Psy mis en extinction ou maintenu en état de survie ; une nouvelle fonction de Conseiller d’orientation, non psychologue plus sensible aux arguments donnés par les entreprises et nous remplaçant auprès des élèves et des parents ; les professeurs principaux chargés du conseil sur les formations et les poursuites d’études.

Voilà comment on casse un métier, voilà comment on met en place une orientation à deux vitesses, conforme avec cette Ecole du renoncement !

 
 

LES LETTRES DE LICENCIEMENT DES COPsy et DCIO SONT ARRIVEES

LE METIER DE LA SEMAINE : CONSEILLER EN DEMOBILISATION

Dec 2007 Info rapide n°3 :Le rapport Reiss peut-il être considéré comme un rapport de plus ?

Nov 2007 Info rapide n°2 : Des projets déjà bien avancés pour les co-psy et les cio !

Octobre 2007 Info Rapide n° 1 :Stopper l’avalanche !

Sept 2007 Nous n’attendrons pas 2008 pour agir !

Dec 2007 Entretien d’orientation : de quoi parle t-on ?

Dec 2007 Première analyse du questionnaire COPSY

Dec 2007 Le rapport Reiss peut-il être considéré comme un rapport de plus ?

Nov 2007 Toutes les raisons de se mobiliser !