7 juin 2005
FSU
APPEL
Quel avenir prépare-t-on à la jeunesse de ce pays ?
Les récentes lois sur la sécurité sociale, la loi de cohésion sociale, le projet de loi de prévention de la délinquance,les lois Perben concernant la justice des mineurs,, la loi d’orientation sur l’Ecole que vient de voter le parlement, organisent une société à « deux vitesses » fondée sur une conception idéologique libérale où les rapports marchands tendent à remplacer les valeurs de solidarité, de justice sociale, d’éducation, d’accès à la culture et à la qualification pour tous. Malgré des discours qui se veulent rassurants, les mesures qui commencent à se traduire aujourd’hui sur le terrain, sont profondément discriminantes du point de vue social et écartent délibérément de la formation, de l’éducation et de la protection sociale, une partie considérable de la jeunesse.
Dans le champ de l’Ecole,
le Ministre affirme vouloir s’atteler à la réussite de tous et redonner confiance aux élèves, mais son projet de loi va à l’encontre de ses déclarations : · Il limite pour les élèves en difficulté l’accès aux savoirs jugés fondamentaux, inscrits dans le socle commun, tandis que les bons élèves pourront aborder et approfondir les domaines artistiques, technologiques , liés à la maîtrise du corps et choisir ainsi des voies d’orientation plus diversifiées · Il subordonne une partie des aides sociales à l’obtention d’une mention au Brevet, faisant ainsi de l’effort et du mérite les seules causes de la réussite, au mépris des résultats de plus de 50 ans de recherches en sociologie et en psychologie. · Il ignore délibérément l’apport des psychologues du premier degré et des conseillers d’orientation-psychologues, qui justement peuvent donner un autre éclairage sur les difficultés rencontrées , contribuer à l’adaptation réciproque de l’Ecole et de l’enfant ou l’adolescent, offrir des espaces d’écoute et participer au suivi et à la prévention. Ainsi dorénavant, être en difficulté scolaire, relèverait uniquement d’un problème pédagogique qui, s’il persiste ne devrait être traité que sur le plan médical. Or, en médicalisant les difficultés, le risque est grand de ne pas prendre en compte les malentendus, les blocages et autres ratés de l’acte d’apprendre, et de renvoyer vers une aide extérieure ce que les psychologues de l’Education (psychologues scolaires du 1er degré et co-psy dans le second) ne seront plus en mesure d’assurer du fait de leur faible nombre. Cette absence de prévention portera évidemment surtout préjudice aux familles modestes qui devront patienter plusieurs mois avant d’obtenir des rendez-vous auprès de services extérieurs débordés et non spécialistes du travail dans l’institution scolaire. · Il signe le retour de l’idéologie des dons , sous couvert d’individualisation des parcours et de personnalisation des apprentissages et justifie le rétablissement de mesures dérogatoires, vers des dispositifs en alternance dont on sait bien qu’ils ne favoriseront nullement l’acquisition d’une qualification reconnue susceptible de permettre une bonne insertion professionnelle.
Dans le champ social et de la protection de l’Enfance
L’un des principes fondamentaux du travail social repose sur le respect des personnes qui font appel à ses services . De par sa position, il a le devoir de faire reconnaître les droits des usagers et l’égalité de traitement pour tous . Il a également le devoir d’alerter les pouvoirs publics sur la nécessité de prendre en compte les nouveaux besoins qui s’expriment. Cette orientation ne convient pas au gouvernement actuel qui tente de remettre en cause ces principes fondamentaux . Aujourd’hui c’est au nom de l’insécurité et de la lutte contre la délinquance qu’il met en place des dispositifs répressifs dans tous les secteurs au lieu de développer la prévention et les mesures sociales. On assiste au retour aux conceptions hygiénistes du social du début du siècle qui renvoient à la médicalisation et à l’éducation des comportements, la solution des difficultés sociales. Ainsi dans le cadre des signalements « en direct » des chefs d’établissements aux procureurs, exige t-on des assistantes sociales qu’elles communiquent le résultat de leurs interventions au mépris du secret professionnel et de la déontologie à laquelle elles sont soumises. Ces demandes s’étendent désormais aux élèves « sans papiers » délogés manu-militari de leurs classes . Des tentatives de constitution de listes nominales d’élèves suivis par les réseaux d’aide en primaire ont heureusement été bloquées par la CNIL . Les « stages parentaux » destinés à éduquer les familles « déficientes » sont sous -traitées à des organismes privés. Comment continuer à travailler dans la confiance avec les jeunes sachant que toutes ces informations ont vocation à être communiquées aux maires ! Le respect de la vie privée est bafoué au nom de l’efficacité et de la rentabilité . Le gouvernement stigmatise ainsi plus particulièrement les jeunes de milieux défavorisés selon le vieux principe « classes laborieuses, classes dangereuses ».
Dans le domaine de la protection judiciaire de la jeunesse
Les lois Perben I et II ont modifié en profondeur l’ordonnance de 1945 qui régit la prise en charge de la jeunesse délinquante et qui donne dans son préambule la primauté à l’éducation sur la répression. Les centres fermés ont été rétablis alors qu’ils ont fait dans le passé la preuve de leur nocivité ; l’âge de la majorité pénale a été ramené à 10 ans ; les procédures à délai rapproché ont été généralisées ; des établissements pénitentiaires pour mineurs doivent ouvrir dès 2006. Ce sont ainsi 400 nouvelles places d’incarcérations qui vont être créés alors que le ministère prétend la faire baisser . Le coût exorbitant de ces constructions (90 millions d’euros), destinées à l’enfermement des mineurs, limitera encore un peu plus les crédits destinés aux structures existantes de la Protection Judiciaire de la Jeunesse , chargées d’apporter des réponses éducatives. Enfin, un ensemble de mesures comme le quasi alignement des règles concernant le casier judiciaire des mineurs sur celles appliquées aux majeurs, confirme la volonté de voir disparaître une justice spécifique pour les mineurs. Il ne s’agit plus de prendre en compte la personne dans son contexte de vie, de considérer l’adolescent comme un être en construction à la recherche de son identité , mais de stigmatiser les jeunes délinquants en les tenant pour seuls responsables de leurs actes, alors que ceux ci sont issus dans leur très grande majorité de familles défavorisées et rencontrent les pires difficultés pour trouver une place dans la société. La caricature nous en est fournie par le rapport de la commission prévention du GESI de l’assemblée nationale qui définit, de manière linéaire, le parcours « déviant » de l’agitation à la maternelle, au trafic de drogues et aux vols à main armée ,en passant par l’absence d’activités péri-scolaires, la « démission » des parents , les redoublements, les conflits parentaux, l’absentéisme !
Toutes ces dispositions législatives et réglementaires, visent à transférer sur les individus la responsabilité de leurs difficultés sans prise en compte des contextes économiques, sociaux et culturels dans lesquels ils se développent. Elles traduisent un abandon de toute volonté de prévention au profit de la médicalisation ou de la sanction. Elles ne peuvent qu ‘aggraver les inégalités entre les élèves, les familles, les établissements et les régions. Elles constituent un déni des connaissances et de décennies d’expériences, acquises par des professionnels qualifiés, au service de l’amélioration des conditions de vie et d’études des jeunes. Elles correspondent à un projet de société qui stigmatise les enfants de milieu populaire , s’oppose à leur réussite et à leur émancipation, renforce les mesures répressives au détriment des réponses éducatives. Elles tournent le dos aux besoins de notre société pour les années à venir notamment en termes de formations et de qualifications. Les signataires contestent ces projets régressifs et peu ambitieux et appellent l’ensemble des enseignants, des parents, des élus à se mobiliser pour exiger la mise en oeuvre d’autres mesures qui permettent réellement à tous les jeunes d’accéder à l’éducation,l’emploi, la citoyenneté et la culture et pour défendre les services publics dont c’est la mission .
Collectif CO-PSY SNUAS-FP SNPES-PJJ Collectif Psy 1er degré SNES (FSU) (FSU) (FSU) SNUIPP (FSU)