15 octobre 2009
Faux. Une idée est fortement répandue : il n’y aurait finalement qu’un nombre d’emplois qualifiés fixe à se partager. Le niveau des postulants à ces emplois n’aurait pas d’influence sur lui, le gâteau n’étant pas extensible. Si bien que les diplômes deviendraient de simples marqueurs sociaux individuels, mais leur augmentation globale n’apporterait rien à la société d’une part, et d’autre part ne pourrait que dévaluer leur valeur. Il s’agit là d’une analogie non formulée et erronée avec la monnaie. Eric Maurin explique dans son ouvrage La nouvelle question scolaire que de telles assertions sont basées sur des indicateurs faux. Il montre que le marché du travail n’est pas un gâteau fixe où la réussite des uns entraînerait l’échec des autres. De même, qu’il n’y a pas eu dégradation des emplois : les premières cohortes de la démocratisation ont accédé plus massivement à des postes d’encadrement et ont connu une hausse salariale : les formations universitaires dispensées à la fin des années 80 ont accru en moyenne les rémunérations de 50%.
Ainsi il démontre que la thèse qui prétend que la multiplication des « parchemins » ne sert à rien, qu’elle serait de la « fausse monnaie éducative » est fausse. La hausse du niveau d’employabilité et de rémunération montre que les employeurs rémunèrent les nouvelles compétences apportées par la formation. En fait, il est difficile de savoir si la valeur des diplômes a augmenté ou diminué : le nombre de diplomes du supérieur est passé de 20% de la cohorte née au début des années 60, à 40% pour la cohorte de la fin des années 70 par exemple. Mais on remarque que le taux d’emploi a augmenté pour les diplômés, entre la cohorte de 65 et la cohorte de 75, alors qu’il est resté le même pour les non-diplômés. Les rendements des diplomes ont donc plutôt augmenté. C’est l’évolution remarquée dans tous les pays développés : il y a eu augmentation des inégalités entre salariés diplômés et non diplômés, alors même que la proportion de diplômés augmentait massivement. Les changements au sein des entreprises sont favorables au travail très qualifié. Cette défiance non-fondée par rapport à la démocratisation est liée pour une bonne part à des raisons idéologiques : une croyance (un « impensé » ?) à l’inégalité naturelle des enfants. Mais aussi parce que les effets de la démocratisation des années 80 est difficile à évaluer : les groupes avant et après la démocratisation ne sont en réalité pas les mêmes (situation différente dans le temps d’une même classe d’âge par rapport à la recherche d’emplois et situation économique radicalement différente aussi).