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L’éducation civique au garde à vous !

Un billet d’humeur de Patrice Bride, groupe Histoire-Géo.

21 décembre 2007

Des inspecteurs d’académie prenant leur plume pour inviter les professeurs des écoles primaires à faire dessiner leurs élèves en solidarité avec nos soldats pour la période de Noël...
 

Un document historique original, propice à un questionnement sur le recours à la propagande durant la première guerre mondiale ? Vous n’y êtes pas, c’est ce qu’ont reçu les professeurs des écoles en cette fin d’année 2007, au moins dans l’académie de Montpellier à en croire Libération du 29 novembre dernier, et dans le département du Haut-Rhin d’après l’Humanité du 30 novembre.

Les inspecteurs d’académie se sont ainsi faits les relais d’une opération organisée par l’association Solidarité Défense, avec, parait-il, le vif soutien de Xavier Darcos. D’anciens militaires ou des femmes de militaires viennent ensuite dans les écoles collecter les dessins pour les joindre à des colis destinés aux soldats en poste à l’étranger, et en profitent pour « présenter dans les écoles ce qu’est l’armée, à quoi elle sert ». Ayons confiance en leur parole de spécialistes : cette association était créée en 1994 par l’amiral Lanxade, alors chef d’état-major des armées, et donc aux premières loges pour suivre en détail les efforts des soldats français pour défendre les valeurs démocratiques et les droits de l’homme au Rwanda .

Soyons convaincus qu’ils sauront persuader les élèves que l’armée française ne laisse que des bons souvenirs partout où elle passe, en Bosnie, à Mostar, à Kigali, sur les rives du lac Kivu, au Tchad, dans les villages afghans survolés par les Mirage. Ce peut être aussi une bonne occasion d’enrichir leur vocabulaire, en parlant « d’opérations extérieures pour la restauration ou le maintien de la paix » plutôt que trivialement de « guerre », ou d’organiser un petit spectacle sur le thème : « on ne se bat pas contre des ennemis mais pour des valeurs », avec en final une victime collatérale exprimant malgré tout sa reconnaissance pour le dévouement de nos soldats aux dites « valeurs ».

On n’oubliera pas bien sûr de conclure par une lecture de la lettre de Guy Môquet, modèle bien connu de dévouement à sa patrie. Quant à l’apprentissage de l’esprit critique, de la distinction entre discours et réalités, de la prise en compte de la pluralité des points de vue, ce sera pour plus tard : on ne peut encombrer l’esprit de ces jeunes enfants par des notions trop complexes ou des subtilités qui risqueraient de porter atteinte à la « cohésion nationale ».

Repos !

SNES - secteur contenus - décembre 2007

 
 

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