10 janvier 2005
Problèmes posés par la collecte et la répartition de la taxe d'apprentissage
Les dernières réformes : réforme de 1996 et loi de modernisation sociale (2001)
La taxe d'apprentissage est un impôt créé (en même temps que les chambres de métiers ) par une loi de 1925. Il est défini dans la loi n°71-578 du 16 juillet 1971 comme « la participation des employeurs au financement des premières formations technologiques et professionnelles[1] »
Certains secteurs ou professions sont exonérés du versement de cette taxe : professions libérales, exploitants agricoles, établissements d'enseignement.
La taxe d'apprentissage représente 0,5% de la masse salariale brute[2] (=taxe brute, TB). Elle est divisée en deux parties : le quota et le barème. Le quota représente la part de la taxe obligatoirement affectée au financement de l'apprentissage. Depuis la loi de 1996, la répartition est la suivante :
¨ quota : 40% TB (soit 0,2% masse salariale) , réparti en :
Þ 75% pour les CFA (30% TB)
Þ 25% pour le fonds national de péréquation (10% TB) [3]
¨ hors quota ( ou barème ) : 60% TB, réparti entre établissements assurant des formations premières : établissements de l'enseignement secondaire ou supérieur , public ou privé , technologique ou professionnel [4] et CFA (à nouveau )
Pour s'acquitter de leur taxe d'apprentissage, les employeurs peuvent :
Þ la verser directement en totalité au Trésor public
Þ effectuer, directement ou par l'intermédiaire d'organismes collecteurs[5], des dépenses dites « libératoires » de la taxe.
Si ces dépenses libératoires n'atteignent le montant dû, la différence est versée au Trésor public. Il existe des dépenses libératoires qui permettent de s'acquitter du quota, d'autres qui permettent de s'acquitter du barème[6]. Le contrôle de ces dépenses exonératoires est effectuée par les CODEF
Lorsque la taxe est versée à un organisme collecteur, celui - ci effectue ensuite la répartition entre CFA, établissements d'enseignement professionnel et technologique. Cette répartition (plus spécialement la répartition de la partie barème) se fait en fonction de règles imposées.
L'affectation de la TA repose donc (au moins théoriquement) sur le principe de la liberté du choix par l'entreprise des établissements bénéficiaires. Ce principe contribue aux inégalités de répartition de la TA. Pour des raisons évidentes, il est fortement défendu par certains des acteurs du dispositif (entreprises, branches professionnelles[7] et organismes collecteurs), alors que d'autres (Régions) le remettent plus ou moins en cause !
Le système ainsi constitué est d'une complexité et d'une opacité rare. Cette complexité résulte de la répartition de la TA imposée par la loi (quota , barème , fonds de péréquation , ... ) , de la variété des dépenses libératoires admises en exonération de la TA, du nombre des organismes collecteurs et de leurs pratiques (parfois douteuses), du principe de la liberté d'affectation des assujettis (à l'origine de flux inter - régionaux de TA,....) Cette situation aboutit au paradoxe dénoncé par les Régions , financeur chargé d'équilibrer la subvention des CFA, et très mal informée sur les ressources versées par les entreprises aux CFA dont elles ont la responsabilité.
· Problèmes posés par la collecte et la répartition de la taxe d'apprentissage
Ces problèmes, récurrents, sont à l'origine de toutes les dernières modifications législatives et réglementaires, qui visaient à les résoudre. Les plus souvent relevés sont les suivants :
¨ Un manque de transparence et d'efficacité de la collecte
A l'origine de cette situation, on trouve le grand nombre d'organismes collecteurs, leurs pratiques, mais aussi les problèmes consécutifs à l'absence de « territorialisation » de la collecte de la TA. En effet, la collecte est effectuée au siège social de l'entreprise (et non au niveau de l'établissement), ce qui favorise une région comme l'Ile de France[8] . La liberté d'affectation du produit de la taxe est ensuite à l'origine de transferts financiers importants entre régions[9].
¨ Une répartition très inégale :
* La TA ne finance qu'une partie des besoins des CFA
* La TA est très inégalement répartie entre les différents CFA
* La TA est très inégalement répartie entre les Régions
Les données suivantes[10] illustrent ces inégalités
|
catégorie de CFA |
pourcentage des ressources totales du CFA représenté par la TA |
|
CFA d'association loi de 1901 |
30,5% |
|
CFA de chambres de commerce et d'industrie |
37,4% |
|
CFA de chambres de métiers |
10,4% |
|
CFA d'EPLE |
14,2% |
|
CFA de collectivité locale |
13,2% |
|
|
région la mieux lotie
|
région la moins lotie |
|
taxe collectée par apprenti, avant péréquation (en 2001) |
Ile de France : 2524 euros |
Pays de la Loire : 583 euros |
|
taxe affectée aux CFA, après péréquation (en 2001) |
1056 euros |
2732 euros |
Les régions faiblement dotées en TA sont conduites à faire un effort budgétaire particulier pour compenser les faibles ressources des CFA. Des régions bien dotées en TA peuvent également attribuer aux CFA un budget conséquent
|
|
TA collectée par apprenti (2000) (euros) |
subvention régionale par apprenti (2000) (euros) |
|
Pays de Loire |
706 |
2603 |
|
Poitou - Charentes |
740 |
2373 |
|
Ile de France |
2414 |
2362 |
¨ Les différents bénéficiaires de la taxe d'apprentissage :
La taxe d'apprentissage a une double vocation : financer l'apprentissage, mais aussi les formations professionnelles sous statut scolaire ou d'étudiant ; pour 2001, la répartition entre les différents établissements bénéficiaires était la suivante :
|
Etablissements : |
% de TA reçu en 2001 |
Montant (en millions d'euros ) |
Taxe moyenne/ apprenti, élève ou étudiant (en euros )
|
||
|
CFA
|
46,1% |
443 |
1386 |
||
|
Etablissements dispensant des formations professionnelles hors apprentissage :
|
Second degré |
Public
|
15,5% |
149,5 |
105 |
|
|
|
Privé
|
10,9% |
105 |
332 (sous contrat) 1790 (hors contrat) |
|
|
Supérieur |
Public
|
9,1% |
88 |
183 |
|
|
|
Privé
|
18,1% |
174,3 |
2093 |
Tableau : Etablissements bénéficiaires de la TA en 2002
· Les dernières réformes : réforme de 1996 et loi de modernisation sociale (2001)
¨ Réforme de 1996
Elle avait déjà pour buts d'augmenter la part de la TA affectée au financement de l'apprentissage et de permettre un rééquilibrage entre régions, assurant ainsi un financement plus équitable des CFA. Dans cette optique , la part du quota avait été relevée de 20% à 40% et un fonds national de péréquation avait été créé, alimenté par une part de ce quota.
¨ Loi de modernisation sociale
Cette réforme est restée d'ampleur limitée ; les projets initiaux étaient plus ambitieux (interdire aux CFA l'accès au barème[11] ), mais les actions de lobbying (des CCI en particulier) ont contraint le secrétariat d'Etat à la formation professionnelle à abandonner cet objectif. La réforme réalisée a été parfois qualifiée de « réformette ».
Cette réforme, qui affichait deux objectifs (réduire les inégalités de ressources entre CFA et clarifier le système de gestion de la taxe) a comporté deux aspects :
Þ Instauration de limites minimale et maximale de ressources pour les CFA
* un plafond maximal de ressources pour chaque CFA (correspondant au coût négocié d'un apprenti X effectif du CFA)
* un minimum de ressources pour chaque CFA
Si le plafond maximal est dépassé, les ressources excédentaires sont reversées au fonds régional d'apprentissage.
Le fonds national de péréquation sera utilisé pour assurer le minimum de ressources nécessaire (minimum défini par apprenti , par domaine et par niveau de formation )
Le Conseil régional est le garant du fonctionnement de ce système.
Lors des discussions préalables à cette loi, certaines régions (via l'ARF[12] ) avaient demandé une régionalisation totale de la collecte de la TA. Cette demande n'avait pas été prise en compte par le législateur, pour les deux raisons suivantes :
1/ le barème de la TA n'est pas seulement destiné aux lycées , sur lesquels les régions ont compétence, mais aussi aux collèges et aux établissements d'enseignement supérieur , qui ne dépendent pas des régions
2 / le maintien de la liberté d'affectation de la TA, principe fondamental de cet impôt
Remarque : Ces demandes des régions ont reçu une écoute plus favorable : les rapports Périssol et Dutreil proposant une régionalisation partielle de la taxe.
Þ Modifications des règles régissant le fonctionnement des organismes collecteurs et l'organisation de la collecte
· Il s'agit de jeter les bases d'une collecte essentiellement régionale de la taxe et de réduire le nombre d'organismes collecteurs, en réformant les procédures d'agrément : voir annexe « les organismes collecteurs »
· Il s'agit également d'imposer une gestion de la TA plus transparente :
¨ par des mesures législatives :
* interdiction expresse aux organismes de collecte de recourir à des tiers non habilités ou agréés pour collecter ou répartir des versements exonératoires de la TA
* encadrement des frais de collecte
¨ par une meilleure information des différents acteurs :
* les collecteurs nationaux et régionaux doivent informer le préfet de région et le président du conseil régional du montant des sommes qu'ils comptent affecter aux CFA et sections d'apprentissage de la région
* ils informent le CCREFP des montants collectés ainsi que des concours versés
Cette meilleure information doit permettre aux régions d'avoir une connaissance plus précise des sommes reçues par les CFA au titre de cette taxe.
[1] ces formations y sont définies comme celles qui , « avant l'entrée dans la vie active, préparent les jeunes à un emploi d'ouvrier ou d'employé spécialisé ou qualifié, de travailleur indépendant, d'aide familial, de technicien , de technicien supérieur, d'ingénieur ou de cadre des entreprises des divers secteurs économiques » N'en font pas partie : les stages ANPE, stages organisés en fonction des protocoles d'alternance , stages de la formation professionnelle continue
[2] 0,2% en Alsace et en Moselle
[3] depuis le décret 2002 -597 (8 %avant )
[4] des circulaires de l'Education nationale précise la liste des établissements pouvant recevoir des subventions imputables sur la partie barème de la TA (circulaire n° 87- 071 / 27/02/87 ) ; des établissements dépendant d'autres ministères ( ex : IFSI, lycées agricoles,... ) peuvent percevoir la TA
[5] 80% de la TA passe par l'entremise des organismes collecteurs
[6] voir liste en annnexe
[7] le MEDEF : « est opposé à toute restriction de la liberté d'affectation de la TA par les entreprises ou les organismes collecteurs auxquels elles confient le soin de gérer tout ou partie de la TA. De ce fait , l'affectation de fonds libres ne peut être définie avec le Conseil régional »
[8] concentrant 48,7% de la collecte totale en 2001
[9] 1/3 des fonds émis par les entreprises de l'académie de Versailles est transféré à d'autres régions
[10] extraites du rapport Périssol ,
[11] Cf circulaire S2/S3 n°270, p°8
[12] association des régions de France