SNES - FSU

Fiches argumentaires

Les élèves ont-ils trop d’enseignants en Sixième ?

8 mars 2011

 

Plusieurs rapports récents s’appuient sur le prétendu traumatisme des élèves qui entrent en 6ème pour remettre en cause l’organisation disciplinaire des enseignements au collège et les statuts des personnels qui y enseignent.

Sans aucune démonstration, le passage d’un enseignant unique polyvalent au CM2 à une équipe de 9 professeurs en 6ème est ainsi présenté comme l’une des causes de l’échec scolaire au collège.

Etat des lieux

Depuis de nombreuses années, des mesures ont été prises pour « renforcer » la liaison CM2-6ème afin d’atténuer les possibles effets de rupture entre l’école et le collège :
- stages d’une journée entre les enseignants de CM2 et les équipes pédagogiques des classes de 6ème pour échanger sur les futurs collégiens et organiser des visites du collège par les élèves de CM2 ;
- organisation pédagogique du collège en trois cycles depuis 1996 qui fait de la classe de 6ème un cycle à part entière, intitulé « cycle d’adaptation » ;
- mise en place de deux heures d’ATP (aide aux élèves et accompagnement de leur travail personnel) en 6ème depuis la rentrée 2002 pour aider les élèves les plus fragiles ;
- depuis la rentrée 2006, des PPRE (programmes personnalisés de réussite éducative) peuvent être proposés aux élèves qui rencontrent des difficultés importantes ou moyennes dont la nature laisse présager qu’elles sont susceptibles de compromettre, à court ou à moyen terme, leurs apprentissages.
- un enseignement intégré de sciences et technologie (EIST) est expérimenté depuis quelques années dans une cinquantaine de collèges en 6ème et 5ème, voire 4ème. Les trois disciplines (Physique-Chimie, SVT et Technologie) de cet enseignement « intégré » sont enseignées par un seul professeur dans une démarche exclusive d’investigation, au prétexte de « motiver les élèves » pour les sciences...

Ce qu’en pense le SNES

Il y a bien une rupture entre le CM2 et la 6ème : changement d’établissement et passage à une nouvelle organisation des enseignements. Mais les professionnels de l’éducation reconnaissent que la grande majorité des élèves vit ce changement sans traumatisme.
Le passage en 6ème correspond par ailleurs à l’entrée dans la « préadolescence », étape décisive dans la construction psychologique des jeunes, marquée en particulier par une prise de distance vis à vis des adultes, une remise en cause de l’autorité et un éveil plus prononcé à la sexualité.

Toutes les études récentes constatent qu’environ 15% des élèves sortent de l’école primaire avec des difficultés prononcées qui hypothèquent leurs chances de réussite au collège.
C’est bien la preuve que les difficultés scolaires ne naissent pas au collège (même si elles s’y révèlent de manière plus aiguë) et que la polyvalence des professeurs des écoles ne garantit pas a priori la réussite de tous les élèves.
Aucune étude n’a jamais démontré qu’une équipe pédagogique resserrée autour de quelques enseignants polyvalents au collège permettrait une plus grande réussite des élèves.
Et l’expérimentation de l’EIST dans des conditions très favorables qui ne peuvent être généralisées (heures de concertation, groupes à effectifs réduits...) met en évidence que les enseignants sont peu à l’aise pour enseigner les deux disciplines qu’ils ne maîtrisent pas réellement.

Le passage CM2/6ème est en fait instrumentalisé par les promoteurs du socle commun pour imposer une approche exclusive par compétences, un enseignement plus transversal qui ne s’appuierait pas sur des disciplines clairement identifiées et pour détacher le collège du second degré et le fondre dans des « écoles du socle » où professeurs des écoles et professeurs de collège seraient interchangeables.
Bi ou poly-valence des enseignants au collège, avec un temps de présence accru dans l’établissement et une redéfinition de leurs missions… : on retrouve là toutes les fausses « bonnes recettes » qui ont été rejetées à plusieurs reprises par la profession.

Les propositions/revendications du SNES

S’il est indispensable de mieux traiter la transition CM2/6ème, cela ne passe pas par l’implantation au collège d’une polyvalence qui conduirait les enseignants à moins bien maîtriser les programmes disciplinaires, mais davantage par l’harmonisation des exigences entre le primaire et le collège, et par une meilleure continuité des programmes.
Les ruptures s’avèrent néanmoins indispensables dans la vie d’un adulte en construction car elles aident à grandir ! Mais il convient malgré tout de les accompagner.
Or, le travail systématique en classe entière au collège, avec des effectifs de plus en plus pléthoriques, n’est pas de nature à aider tous les élèves à entrer dans les apprentissages du second degré. Et les heures d’ATP en 6ème ont tendance à disparaître au profit de PPRE dont la pertinence n’a pas été démontrée jusqu’ici.

Au-delà des propositions qu’il fait pour permettre l’entrée des élèves dans les apprentissages du second degré et leur réussite (redéfinition des contenus d’enseignement, amélioration de la formation initiale et continue des enseignants, amélioration des conditions de travail au sein de la classe…), le SNES propose de :

- renforcer les stages de liaisons CM2/6ème en se basant sur les besoins des enseignants, et non autour d’injonctions institutionnelles ;
- inclure du temps de concertation dans le service des personnels pour qu’ils apportent des réponses adaptées aux problèmes rencontrés par les élèves de 6ème dont ils ont la charge ;
- créer les postes nécessaires à un bon encadrement des élèves et au bon fonctionnement d’équipes pluriprofessionnelles complètes (enseignants, surveillants, CPE, CO-Psy, assistante sociale, infirmière...) qui croisent leurs regards sur les élèves dans le respect des compétences et missions des uns et des autres.

 

Fiche Collège N°1

Fiche Collège N°2

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