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"Pacte de carrière" : un dû que le ministre veut nous vendre !

3 novembre 2010

Nous avons tous reçu dans le courant du mois d’octobre un recto-verso intitulé "Pacte de carrière" signé du ministre. Pour prometteuses qu’elles soient, les mesures que le ministre présente devraient être la priorité de tout responsable de l’Éducation Nationale qui se soucie de ses personnels.
 

L’utilisation du mot « pacte » est fallacieuse. Chatel voudrait faire croire à un accord, sans avoir jamais engagé la moindre négociation avec les organisations syndicales. En outre, il ne peut exister de pacte au sens d’un contrat individuel dans la fonction publique. Statutairement, chaque fonctionnaire a droit à son déroulement de carrière. La carrière n’est pas contractuelle et ne peut faire l’objet d’un échange. C’est ce qui garantit au citoyen que chaque fonctionnaire est à l’abri des pressions et agit dans l’intérêt général.

Seulement, les libéraux qui nous gouvernent ont pour seul référent l’entreprise ; l’Ecole doit donc fonctionner sur son modèle avec un " patron " qui désignera les plus méritants de ses salariés, à qui il accordera augmentation de salaire ou promotion. La culture égalitaire qui domine dans nos professions et ses règles collectives sont bannies ; on leur préfère la prééminence de l’individu.

Sur tous les points que le ministre met en exergue, il est débiteur. Si le gouvernement avait réellement le souci de développer une Éducation Nationale de qualité, il prendrait soin de la carrière de ses acteurs (enseignants, CPE, Co-Psy...) tant du point de vue salarial que de leurs conditions de travail, de leur formation et du suivi de leur santé. Loin s’en faut ! Dans tous les établissements, les chefs d’établissement recherchent la moindre heure disponible, quitte à interpréter de manière erronée les décrets de 1950, pour pouvoir faire fonctionner leurs établissements (les heures en groupe sont décomptées pour l’attribution de la majoration d’une heure pour effectifs faibles par exemple). Dans le même temps, le nombre d’élèves par classe ne cesse d’augmenter. Après de maigres augmentations du point d’indice l’année dernière qui sont bien loin du compte, le gouvernement gèle les traitements pour les années 2011, 2012 et 2013.

La mise en œuvre des mesures que propose le ministre relève du mirage dans le contexte budgétaire actuel et il ne parle de pacte que pour contraindre toute amélioration des salaires et des conditions de travail à la suppression d’emplois.

L’évolution de la rémunération ? Lui-même dit qu’il l’a limitée aux jeunes collègues. Il oublie qu’elle est minime pour les collègues concernés et que pour les néo-recrutés, elle n’est qu’une faible reconnaissance de l’élévation du niveau de qualification requis à l’obtention des concours. Quid de tous les collègues, qui, passé le 6ème échelon, voient leur salaire se déprécier au fur et à mesure de la non-revalorisation du point d’indice. L’objectif est clair : ne pas revaloriser ce qui est la base, commune à tous, de notre rémunération pour mieux nous faire accepter des tâches annexes rémunérées.

Un suivi plus régulier de la carrière ? Chiche ! Le ministre va donc devoir recruter des IPR, recentrer leurs missions sur l’aide et le conseil, comme le réclament les personnels au lieu de confier cela à des DRH qui n’ont en tête que la rentabilité ou à des chefs d’établissement qui cherchent à affirmer la légitimité de leur intervention dans le domaine pédagogique. S’il en était ainsi, l’affaiblissement du travail disciplinaire comme composante centrale de notre métier serait ainsi officialisé. La distinction entre les domaines administratif et pédagogique reste une exigence forte de la profession et aucune évaluation globale par le chef d’établissement ne saurait se justifier.

La mise en place du DIF ? Dans un contexte où les recteurs, pour proposer de maigres formations aux stagiaires, annulent toutes les formations prévues aux PAF, c’est illusoire ! Et la volonté de renvoyer les formations sur les périodes de vacances est un nouvel avatar du « travailler plus ». Rappelons d’ailleurs que ce dispositif est créateur de droits depuis 2007.

Le souci de la santé et du bien être au travail ? Vu les conditions de travail actuelles et l’impossibilité de recruter des médecins de prévention, c’est très mal parti.

Réflexion sur l’évaluation ? Alors que toutes les réformes mises en place visent à la caporalisation de nos métiers, le ministre propose des méthodes d’évaluation de nature à briser les repères collectifs en matière de rémunération et de carrière en valorisant ce qui n’est pas le cœur de notre métier : "tutorat, remise à niveau, vie scolaire..." (sic !). Pour rémunérer des situations particulières dues à la pénibilité de l’exercice du métier ou un travail supplémentaire, des indemnités existent déjà. En fait, le ministre souhaite généraliser à l’Éducation Nationale ce qui est déjà en place dans de nombreux secteurs de la fonction publique : la prime de fonction et de résultats (PFR). S’appuyant sur un entretien professionnel, qui serait substitué à la note et permettrait de fixer des objectifs, cette prime vise à instaurer des rémunérations différenciées entre tous les acteurs d’une même institution afin de briser les garanties collectives et les solidarités qui en découlent.

Ne nous y trompons pas, l’objectif d’un tel "pacte" est de faire miroiter des bénéfices à tous pour ne donner à quelques uns qu’un peu d’ indemnitaire limitant ainsi l’impact sur les pensions de retraite. C’est pourtant bien la refonte des grilles indiciaires de nos catégories qui traduirait la véritable reconnaissance de nos métiers que les personnels revendiquent avec le SNES.

Le SNES, le SNEP et le SNUEP écrivent au ministre  
 

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