9 décembre 2008
Du point de vue de ses promoteurs, la réforme du lycée général et technologique a pour but de résoudre les problèmes du lycée tels que l’échec scolaire, de mieux préparer les élèves aux études supérieures, et de rompre avec le système des séries, socialement discriminant. Il s’agit donc d’offrir aux élèves des « parcours » dans lesquels ils choisiraient des modules suivant leurs goûts. On accède ainsi à la supposée demande des lycéens de plus d’autonomie et de liberté de choix. La baisse des horaires d’enseignement est aussi programmée, les lycéens français étant « surchargés de travail », contrairement à leurs homologues européens.
La cohérence de la politique gouvernementale
Cette réforme est mise en place après celles du Collège (socle commun), du supérieur (LMD, suppression des IUFM, masterisation), du primaire (EPEP, nouveaux programmes, suppression des cours le samedi matin), de la voie professionnelle (passage de 4 à 3 ans), sans oublier tous les rapports qui visent à dynamiter les statuts de la fonction publique et modifier les missions des personnels (en particulier les co-psy et les CPE). Tout ceci entre dans le cadre de la RGPP (Révision Générale des Politiques Publiques), dont le but avoué est de réduire les dépenses de l’Etat (« les caisses sont vides »), et de transférer ces dépenses vers les collectivités territoriales ou les usagers. La baisse de l’offre éducative à laquelle on assiste est ainsi l’un des moyens utilisés pour faire passer la baisse du nombre de fonctionnaires (moins 13 500 postes dans l’Education Nationale au budget 2009).
La stratégie de Lisbonne
Le Conseil Européen a fixé en 2000 ce qu’on appelle « la stratégie de Lisbonne », dont l’objectif général est que l’Union devienne « l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde ». Il s’agit donc de mettre l’enseignement au service de la compétition économique.
Cette stratégie est déclinée en 13 objectifs concrets, dont la mise en oeuvre correspond point par point aux « réformes » gouvernementales passées ou à venir :
Formation des maîtres
Compétences clés
Langues étrangères
Renforcement des liens avec le monde du travail
Meilleure utilisation des ressources
Apprentissage informel
Réformer le système d’orientation
L’école au service de l’économie
Le gouvernement a une vision assez simpliste du marché de l’emploi autour de deux demandes : d’une part un nombre fixé à 50 % d’une classe d’âge de personnes ayant une formation supérieure, et d’autre part un nombre également croissant d’emplois dits à faible niveau de qualification, dont les compétences exigées sont lire, écrire, compter, savoir utiliser un traitement de texte et accéder à Internet, connaître des phrases standardisées dans une langue étrangère, et avoir l’esprit d’entreprise. Les conséquences en terme éducatif sont claires : pour les uns un diplôme au moins bac + 2, et pour les autres, le socle commun serait bien suffisant.
Dans ce cadre, auquel il faut ajouter la volonté du gouvernement d’abaisser les coûts, on comprend bien tout ce qui est mis en place actuellement :
casse des statuts (rémunérations au mérite, embauche par CDI à la place du concours, loi sur la mobilité)
- abaissement de l’offre éducative (primaire, collège, lycée)
mise en concurrence et autonomie des établissements (LRU, EPEP abandon de la carte scolaire)
liens renforcés entre éducation et entreprises (fondations pour financer l’université, formation professionnelle pilotée par les entreprises locales, pression sur les contenus d’enseignements…)
Cela dit, il faut réformer le lycée. Certes il y a eu des progrès mais la démocratisation est en difficulté depuis 1995 (cf états des lieux). Le lycée ne va pas bien et le SNES demandait depuis des mois qu’une discussion soit engagée sur l’avenir du lycée, en soulignant l’urgence pour la série L et les séries STI Et il faut entendre les jeunes qui ont manifesté en 2008 pour des formations de qualité mais aussi pour plus d’autonomie et de responsabilité, plus de liberté dans les choix, moins d’heures de cours… A ce sujet, il est facile de montrer que si la semaine du lycéen est chargée, c’est moins en termes de volume horaire de cours qu’en termes de conditions d’études : effectifs pléthoriques, manque de dédoublements, et donc trop grande uniformisation des situations d’apprentissages… et que le temps scolaire doit permettre de libérer plus de temps personnel.
Les études prospectives indiquent que les besoins en qualification des jeunes sortant du système éducatif vont continuer à augmenter. Plus de jeunes devront posséder des diplômes de l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle sera encore plus difficile pour ceux qui n’auront pas ou peu de qualifications. Car toutes les enquêtes le montrent : le diplôme protège.