5 novembre 2009
Revalorisation
Le ministre et son député [1] s’accordent pour considérer que le décalage entre le niveau de recrutement des enseignants et leur salaire en début de carrière doit être corrigé : 100 € proposent-ils, une peccadille ! A niveau de qualification identique, les enseignants, les CPE et les Co-Psy ont des rémunérations inférieurs en moyenne de 35 % par rapport au reste de la Fonction Publique de l’État. Une revalorisation digne de ce nom doit porter sur l’ensemble de la grille salariale des personnels d’enseignement, d’éducation et d’orientation et sur toute la durée de la carrière. Cette revalorisation doit de plus prendre en compte les retards accumulés ces dernières années.
Sous couvert d’une meilleure prise en compte des tâches accomplies par les enseignants, le ministre entend se contenter d’attribuer de nouvelles missions « autres que d’enseignement » aux enseignants, comme l’aide à l’orientation, pour leur offrir une rémunération supplémentaire. Il s’inscrit dans la logique du « travailler plus pour gagner plus ». Cependant, la multiplication des réunions en dehors des heures de cours, la complexité croissante de nos missions sont incontestables. Le SNES revendique que ces missions soient incluses dans le temps de service des enseignants, CPE et Co-Psy. C’est aussi sur ce terrain que toute revalorisation digne de ce nom doit porter.
Le SNES rejettera toute proposition qui consisterait à limiter la revalorisation salariale des personnels à l’attribution de primes individuelles, fût-ce sur des tâches « très précisément référencées ». Cette revalorisation doit passer par l’élaboration d’un plan pluriannuel (ce que le ministre n’envisage pas), concerner l’ensemble des personnels et porter à la fois sur les rémunérations et les conditions de travail.
Évaluation
En proposant au ministre d’instaurer des rendez-vous de carrière, un député promeut une conception de l’évaluation basée sur la « performance », la « valeur ajoutée d’un établissement » et sur un rôle prépondérant du chef d’établissement.
En milieu de carrière, l’objectif serait d’évaluer la valeur professionnelle des enseignants en vue d’un accès à la hors-classe. En fin de carrière, l’accès à une classe exceptionnelle serait fondée sur le « mérite ». Entre ces rendez-vous de carrière, le chef d’établissement serait seul en charge de l’évaluation des enseignants.
Voulant évaluer les performances des enseignants à partir des résultats des élèves et augmenter la pression de la hiérarchie locale, les propositions faites au ministre sont directement issues de feu les rapport Pochard et Silicani rejetés alors par la profession. Elles laissent de coté ce qui fait le fondement de notre métier : l’enseignement disciplinaire. Si les conditions actuelles de l’évaluation des enseignants par les inspecteurs sont loin d’être satisfaisantes, il n’en reste pas moins que cette évaluation est basée sur le cœur de notre métier. Elle doit le rester et la carrière déconnectée de l’évaluation.
Le SNES est attaché à la double notation des enseignants, seule à même de refléter réellement la nature de notre métier et demande la mise en place de la double évaluation pour les CPE, en lien avec une inspection spécifique.
Autres mesures
Au motif d’une « revalorisation morale » de la profession, le député propose en fait d’individualiser la gestion des affectations par un profilage des postes à outrance. Meilleur moyen pour contourner le contrôle, par les élus des personnels, des opérations de mutation, cette idée a déjà été mise en échec ces dernières années.
Concernant les fins de carrières, il propose que les collègues de plus de 50 ans volontaires consacrent une partie de leur temps de service au tutorat ou au renforcement des équipes de direction. Si la première idée est intéressante mais ne peut répondre à toutes les situations, la seconde prend un sens particulier si le rôle du chef d’établissement est accru dans l’évaluation professionnelle et dans l’accès à un grade supérieur.
Pour l’ensemble des personnels, aucune autre perspective que le « travailler plus pour gagner plus », si ce n’est celle d’une rémunération de la performance et du « mérite ». L’individualisation deviendrait la règle dans un contexte où la pression des hiérarchies locales s’amplifient. Le sens même de nos métiers serait mis en cause. Pour une revalorisation réelle de notre métier, tant salariale que pour nos conditions de travail, qui bénéficie à l’ensemble de la profession, la mobilisation le 24 novembre est indispensable.
Xavier MARAND
Lire aussi : Compte-rendu de la rencontre entre la FSU et le ministère le 26 octobre
[1] D. Le Mèner – Député de la Sarthe, membre de la commission des affaires culturelles et d’éducation – Avis n° 1968