13 mars 2010
L’intersyndicale des retraités a dénoncé, le 24 février, dans tout le pays la baisse du pouvoir d’achat et la paupérisation des retraités. Selon l’INSEE « la pension moyenne est de 1 212 € seulement ». En 2008, les retraites ont augmenté de 1,36 % quand l’inflation était de 2,1 %. Pour 2010, on nous annonce une hausse de 1,2%, des pensions sans garanties. Il faut savoir que 12 % des personnes qui ont recours aux Restos du Coeur sont des retraités.
Alors que les retraités maltraités par le gouvernement manifestent pour l’augmentation de leur pension, Nicolas Sarkozy annonce qu’il veut régler le dossier des retraites à l’automne. C’est pourquoi il nous faudra agir ensemble, retraités, actifs, chômeurs... pour la défense des retraites et pour que soient donnés à tous les moyens de vivre dignement.
Une fois passées les élections régionales, la concertation sur les retraites avec les partenaires sociaux débutera en avril prochain sous la houlette du ministre du Travail, Xavier Darcos, et d’Éric Woerth (Budget) pour les fonctionnaires. Elle s’achèvera début septembre avec le dépôt d’un projet de loi par le gouvernement. Promesse est faite de ne pas passer en catimini pendant les vacances estivales ! Xavier Darcos précise « que les décisions que nous prendrons s’appliqueront dès 2011 ».
Quelles seront les pistes privilégiées par le gouvernement ?
L’allongement de la durée de cotisation (nombre de trimestres nécessaires pour une retraite à taux plein). Actuellement, 164 trimestres sont nécessaires soit 41 ans pour une retraite à taux plein. D’autres allongements sont envisagés après 2012 par référence à l’augmentation de l’espérance de vie. Selon les calculs des Échos : « la durée de cotisation pourrait atteindre 43 à 44 ans d’ici 2050 ».
Le recul de l’âge légal du droit à la retraite Xavier Darcos l’envisage en faisant référence à l’âge légal de la retraite chez nos voisins européens. Le gouvernement est-il prêt à reculer l’âge légal, c’est-à-dire l’âge minimum pour liquider ses droits, fixé (sauf exceptions) à 60 ans depuis 1983 ?
La « négociation sur le thème de la pénibilité » : face aux inégalités d’espérance de vie entre un cadre et un ouvrier, à la demande des syndicats, Nicolas Sarkozy envisagerait de proposer des temps partiels ou des changements de fonction plutôt qu’une durée réduite du temps de cotisation.
La baisse des pensions peut-elle être envisagée ? Diminution du montant des pensions et, certaines années, non-revalorisation en sautant une année d’indexation sur les prix !
Peut-on croire Nicolas Sarkozy dans sa déclaration à l’issue du sommet social du 15 février 2010 qu’il n’acceptera pas que l’on diminue les pensions des retraités ?
Quelle hypocrisie ! L’allongement programmé de la durée de cotisation a déjà mené à une baisse des pensions, dans la mesure où de plus en plus de travailleurs liquident leurs droits avant d’avoir le nombre de trimestres nécessaires s’ils veulent bénéficier de leur retraite à 60 ans ou s’ils ont été licenciés économiquement, ou s’ils sont chômeurs en fin de droits.
« Convergence » entre les régimes du privé et du public. » Modifier la référence aux six derniers mois de traitement pour le montant de la pension dans la fonction publique, au nom de l’équité avec le système privé où le calcul se fait sur le traitement des 25 meilleures années. Et pourquoi ne pas faire l’équité sur la méthode la plus favorable ?
Le gouvernement choisit toujours la solution la plus défavorable, comme dernièrement il a essayé de faire passer dans le privé « la bonification d’une seule année » pour enfant au lieu de deux.
Opter pour un autre système de retraite : répartition ou capitalisation ? Le chef de l’État s’est engagé sur TF1 à ne pas remplacer « le régime par répartition » par un « régime où chacun épargne de son côté ».
Peut-on y croire quand un rapport du COR, Conseil d’orientation des retraites, propose d’envisager l’abandon du système par annuités (mode de calcul utilisé pour le régime général de base) et le passage pour tous les régimes soit au calcul par points (comme pour les régimes complémentaires, des points sont accumulés au long de la carrière), soit au « calcul par comptes notionnels » (accumulation d’un capital virtuel). Il est fort à parier que si une partie des retraites par répartition sera préservée, une autre partie sera fonction d’une réforme par points ou comptes notionnels.
En conclusion : la FSU défendra les revendications des salariés pour qu’ils puissent obtenir une retraite à taux plein et que le droit au départ à 60 ans soit garanti selon des modalités propres aux différents régimes. Si on veut maintenir le niveau de vie des retraités, il faut nécessairement accroître les moyens de financement des régimes de retraite en augmentant les cotisations patronales et salariales ainsi que la taxation de certains revenus comme les bonus des traders, retraites chapeaux, stock-options ou revenus du capital.
Les débats sur la réforme systémique et sur le report de l’âge de départ en retraite occultent cette réalité et font le choix de la baisse des pensions, sans oser assumer politiquement ce choix vis-à-vis de l’opinion. ■
FRANÇOISE EIDEN-GROSMANN