21 août 2010
Le projet de loi sera examiné par l’Assemblée nationale à partir du 6 ou du 7 septembre. En choisissant une procédure accélérée, le gouvernement tente de publier la loi avant la fin de l’année et d’esquiver ainsi le débat sur un sujet de société.
Il ne s’agit pas d’un problème démographique qu’il faudrait traiter dans l’urgence, les hypothèses démographiques n’ont d’ailleurs pas été revues depuis les projections de 2007.
L’évolution de l’humanité, grâce au progrès, c’est de vivre plus longtemps et de travailler moins : Le gouvernement veut confisquer aux salariés le temps gagné sur le travail, leur faire payer la crise et transférer en partie le financement des retraites vers l’épargne privée.
Brutal :
• La baisse des pensions provoquée par le relèvement de l’âge d’une retraite sans décote est immédiate. Par exemple, un fonctionnaire, né en 1958 recruté à 27 ans (ou à 23 ans mais ayant pris 6 années de congé parental pour élever des enfants nés avant 2004) verrait sa pension diminuée de 14% à 62 ans par rapport au droit issu de la loi de 2003. A 64 ans et demi, la baisse serait encore de 12,5%.
• Brutal pour les fonctionnaires mères de trois enfants : sommées de choisir entre prolonger leur activité professionnelle ou subir une forte baisse de leur pension (jusqu’à 30% du taux de pension).
• Brutal pour le pouvoir d’achat des fonctionnaires avec la perte d’une journée de salaire par mois en 2020.
Injuste :
• Les salariés supportent plus de 80% de l’effort financier tandis que Woerth annonce que l’Etat « ne mettra pas un sou de plus pour la retraite des fonctionnaires ». La mise en place d’un comité de pilotage chargé de proposer des mesures d’économie dès que l’objectif financier est dépassé annonce des régressions qui seront décidées au fil des lois de finances.
• Injuste car le mécanisme de la décote est renforcé : elle sera encore plus pénalisante, pour les carrières courtes et heurtées (celles des femmes et des travailleurs précaires), celles des jeunes générations dont on estime que la durée de la carrière professionnelle sera en moyenne de 35 ans (génération 1970, étude DARES).
• Injuste pour les chômeurs, les jeunes qui cherchent leur premier emploi quand la crise en a supprimé des centaines de milliers en quelques mois.
C’est souhaitable
La société française accepterait-elle l’appauvrissement des retraités ? Sinon, comment finance-t-on le maintien du niveau de vie de ceux qui cessent leur travail ? Par une épargne individuelle forcément inégalitaire ou par des régimes publics ?
C’est possible
En 30 ans, les gains de productivité sont allés essentiellement aux dividendes versés aux actionnaires. De 4,2% de la masse salariale en 1980, ceux-ci se sont accrus jusqu’à 12,9% en 2008.
Différents moyens existent si l’on fait ce choix politique. C’est de cela qu’il faut débattre.