27 novembre 2007
Le livret de connaissances et de compétences est expérimenté dans deux versions différentes accompagnées de grilles de compétences (voir L’US 658). Il apparaît bien comme l’élément de pilotage du socle commun, comme sa clé de voûte. Les versions soumises à expérimentation (voir ci-dessous) témoignent de la difficulté à concilier les deux objectifs du livret : élément de certification du socle, ce qui exige une certaine complexité, mais aussi texte lisible et compréhensible par les parents. Le débat sur le socle est étroitement lié à celui sur la notion de compétences, de leur place dans le système éducatif et de leur évaluation. Devant l’inflation du savoir et des connaissances, la tentation est forte de retourner aux « fondamentaux », terme actuellement très galvaudé. Le SNES, sans préconiser l’une ou l’autre, choisit dans son projet de culture commune de partir d’une toute autre question : que signifie aujourd’hui « être cultivé » ?
La notion de compétence à nouveau interrogée
Alors que les chercheurs insistent sur l’ambiguïté de cette notion, l’institution produit un « effet de réalité » : nommer et mesurer des compétences prouverait leur existence... Pour le SNES, plusieurs questions se posent : une compétence est-elle pourtant acquise une fois pour toutes ? Faut-il l’évaluer à travers des contenus et/ou à travers des mises en situation variées, et qui l’évalue ? La question se pose clairement dans le pilier 4 « maîtrise des techniques usuelles de l’information et de la communication », 6 « compétences sociales et civiques », 7 « autonomie et initiative ». La notion de compétence ne renverrait finalement pas toujours à une dimension cognitive, mais aussi permettrait de redéfinir les finalités du système éducatif. Les items à évaluer diffèrent parfois beaucoup entre les deux versions expérimentées. Mais leur répartition sous forme de cases à cocher montre un déséquilibre entre les disciplines relevant des « fondamentaux » et les autres, réduites à quelques items visant à la formation d’un genre « d’honnête homme ». Le pilier « culture humaniste », présente des compétences transférables dans d’autres situations : « lire, comprendre, mettre en relation différents langages utilisés en histoire et en géographie ». Mais il s’agit surtout de « savoir-redire » ou de savoir-refaire, avec le risque de réduire l’histoire-géographie ou la littérature (séparée du pilier 1 « maîtrise de la langue ») à l’acquisition de simples « repères » sans souci des démarches intellectuelles qui leur sont propres. Pour les arts : aucun souci de pratique artistique et la dimension créative est renvoyée au pilier 7. On peut se demander comment seront évalués les piliers 6 et 7. Ils réduisent les compétences à l’apprentissage de comportements normatifs, le « comportement responsable » se déclinant par exemple en « connaître les règles d’hygiène, de santé et de sécurité ». Quant à l’autonomie et l’initiative, elles sont limitées à « apprécier les bienfaits de l’activité physique » ou bien « savoir choisir son orientation » dans l’une des deux versions. Au moins dans les trois premiers piliers, la difficulté sera grande à concilier les deux types d’évaluation qui devront coexister (pour combien de temps encore ?) : évaluation chiffrée qui fonde le système actuel et évaluation par compétences imposée par les notions même de livret et de socle. L’enjeu n’est pas mince. Traduction pour l’extérieur de ce que l’école enseigne, le livret apparaît donc comme un levier de transformation du système éducatif à travers celle de l’évaluation avec d’importantes conséquences sur les contenus d’enseignement, nos métiers, l’organisation même du collège et l’orientation. L’expérimentation ne doit en aucun cas occulter ces dimensions. Le SNES s’y emploiera. Alice Cardoso, Roland Hubert
EXPÉRIMENTATION : OÙ ? QUI ? QUOI ? COMMENT ?
Il s’agit d’évaluer l’acquisition du socle commun décomposé en 7 piliers qui donnent chacun lieu à une page, en bas de laquelle sera inscrit, à la fin de la scolarité obligatoire si la compétence générique correspondante est acquise ou non. L’expérimentation se déroule dans un ensemble territorial par académie comprenant toutes les écoles – publiques et privées sous contrat – d’une circonscription, les collèges correspondants ainsi que – le cas échéant – les lycées professionnels accueillant des élèves en classe de Troisième DP6 (voir site Eduscol). Les recteurs sont chargés du suivi de l’expérimentation et de son évaluation, aucun cadrage national n’étant prévu. Le livret doit être renseigné à quatre moments de la scolarité (fin de CE1, de CM2, de Sixième et de Troisième) pour 3 piliers (maîtrise de la langue française, principaux éléments de mathématiques, les compétences sociales et civiques), les autres compétences n’étant évaluées qu’à partir du CM2. Dans ces deux versions, le livret inclut également les attestations suivantes : • les premier et deuxième niveaux de sécurité routière • le certificat de compétences de citoyen de sécurité civile « prévention et secours civiques de niveau 1 » • le brevet informatique et internet (B2i) pour les niveaux « école » et « collège » ; • les connaissances et compétences acquises en langues vivantes étrangères. Pour le ministère, il s’agit de recueillir les observations des enseignants (contenus et facilités de mise en œuvre), ainsi que des propositions alternatives. La notion même de livret n’est donc pas interrogée et les conséquences sur nos métiers sont réduites à « la facilité de mise en œuvre ». Si votre établissement a été choisi pour mener l’expérimentation, prenez contact avec votre section académique et le SNES national : secteur collège : college@snes.edu ou secteur contenus contenus@snes.edu