30 août 2005
Enseignante-documentaliste titulaire depuis un an, nommée dans un lycée de 2000 élèves, je n’ai pas connu l’enthousiasme provoqué dans notre métier quand les TPE ont été mis en place.
Je donne ici mon avis sur la suppression du dispositif en terminale en m’appuyant sur un double constat : les TPE représentent à coup sûr une innovation pour le système éducatif mais ont été freinés dans leur efficacité.
Les TPE sont un excellent dispositif
Ils prennent enfin en compte les compétences informationnelles nécessaires à l’apprentissage. Rappelons ici que plusieurs études menées en université montrent la corrélation entre la maîtrise de ces compétences et la réussite des étudiants.
Ils développent l’autonomie de l’élève
Ils encouragent la curiosité des adolescents
COMPETENCES INFORMATIONNELLES, AUTONOMIE, PEDAGOGIE ACTIVE, CULTURE : voici les notions qui sont au cœur de notre profession. D’où l’évidence que nous devons être acteurs de ces dispositifs qui valorisent notre professionnalisme pédagogique.
Mais en pratique...
Qui s’est vu soutenu par son administration ? Quel chef d’établissement a mis en place des réunions pour faire comprendre les enjeux pédagogiques du dispositif ? Combien de lycées ont bénéficié d’un emploi du temps optimisant le déroulement des TPE ? (cf. plusieurs TPE placés au CDI sur le même créneau horaire...)
Dès lors, ne peut-on pas affirmer que les TPE ont été victimes d’un sabotage administratif ?
Qui n’a pas tenté vainement de faire comprendre les enjeux du dispositif à des collègues non préparés à leur nouvelle posture pédagogique ?
Quel documentaliste ne s’est pas vu écarté de fait de toute participation pédagogique, des collègues cantonnant son rôle aux photocopies ?
Qui n’a pas assisté à des oraux de TPE où il est évident que les élèves n’ont pas su se questionner (voir les problématiques hasardeuses), faire un plan cohérent et attractif, faire appel à des ressources pertinentes, rédiger une bibliographie correcte ?
En bref, combien d’élèves ont réellement été formés à des compétences informationnelles ?
Alors que penser de la cessation des TPE ?
Si les lycéens sont sortis dans la rue, c’est parce que ce dispositif, même imparfait, représentait un temps de valorisation pour des élèves trop souvent astreints à la passivité en classe.
Si certains enseignants s’inquiètent aujourd’hui, c’est qu’ils avaient finalement réussi à travailler en équipe, à innover, à transmettre un savoir hors de la classe.
Et pour les enseignants-documentalistes ?
Un enseignant - qui « emmenait » régulièrement ses élèves au CDI pour les TPE sans avoir jamais sollicité mon intervention - m’a récemment dit à propos de la fin des TPE : « qu’allez-vous faire maintenant ? »
Qu’il ne s’inquiète pas, nous continuerons à travailler avec nos collègues qui connaissent notre métier, adhèrent à nos missions, avec qui nous travaillons autour de projets et d’objectifs communs.
Mais ce qui est dur à accepter, c’est qu’après six ans d’existence, les TPE n’ont pas permis d’institutionnaliser la formation à l’information, ni de faire reconnaître unanimement dans le milieu éducatif le professionnalisme pédagogique des enseignants-documentalistes. Et ce, faute d’une réelle formation des enseignants et d’une concertation au niveau de l’établissement. C’est dire si notre combat doit se poursuivre.
Alors agissons maintenant pour améliorer le dispositif, maintenu en première, en ayant des positions fermes face aux dysfonctionnements observés et en interpellant notre administration et nos collègues sur les enjeux pédagogiques des travaux personnels encadrés.
Alexandra Nicolle Lycée Pierre de Coubertin, Meaux, académie de C>réteil
Ce courrier est paru dans le numéro 195 (mai-juin 2005) de la revue INTER CDI et reproduit avec l’autorisation de sa rédaction. http://www.ac-versailles.fr/cedis/Accueil.asp