21 avril 2008
Héritée des politiques natalistes du milieu du siècle dernier, la politique familiale française est plutôt considérée comme un modèle du genre. Elle permet tout à la fois de compenser les charges liées à la présence d’enfants au sein de la famille (redistribution horizontale), d’atténuer les inégalités sociales (redistribution verticale), et de concilier vie familiale et professionnelle.
Résultat, la France cumule un record européen pour le taux de fécondité (1,98 enfant par femme en 2007, contre 1,52 pour la moyenne européenne) et un fort taux d’activité (9 femmes avec enfants sur 10 travaillent).
Si le système n’est pas en déficit, il est cependant jugé trop coûteux (80 milliards d’euros) et inciterait trop les femmes « à s’éloigner de l’emploi ».
Quatre orientations sont définies : La première vise à privilégier les aides soumises à conditions de ressources, autrement dit les dépenses « verticales », destinées à compenser les inégalités sociales. Or, ce sont précisément celles qui coûtent le moins cher...
La deuxième orientation consiste à « remettre en cause les dispositif visant à inciter les femmes à se retirer du marché de l’emploi ». En clair, le gouvernement envisage de diminuer les allocations versées pendant le congé parental.
La troisième orientation concerne les modes de garde des jeunes enfants. Les crèches sont considérées comme beaucoup trop coûteuses (13 000 euros par an et par enfant, soit deux fois plus qu’une place chez une assistante maternelle agréée). Au passage, le gouvernement note qu’un enfant de moins de trois ans scolarisé en maternelle coûte moins cher à la collectivité que s’il est gardé en crèche... ce qui ne l’empêche pas de continuer à remettre en cause la scolarisation précoce !
Enfin, la quatrième orientation entend s’attaquer à la fraude. C’est d’ailleurs dans ce domaine que les premières mesures ont été prises : mise en place de comités locaux de lutte contre la fraude, contrôles des caisses d’allocation familiales, échanges de données informatiques...
Avec la remise en cause de la politique familiale, le gouvernement s’attaque ainsi à l’un des système-phare de la solidarité nationale, mis en oeuvre dans l’immédiat après-guerre. Il prend le risque de multiplier la précarité (temps partiels imposés, CDD...) que connaissent trop les femmes en les incitant à reprendre une activité à tout prix par la réduction des allocations, d’accentuer les inégalités tout en mettant à mal les dispositifs de garde et d’accueil des jeunes enfants de qualité (crèches).