6 juin 2008
Le contenu de « la feuille de route » ministérielle pour la réforme du lycée général et technologique a été rédigé sous la pression de la forte mobilisation dans le second degré (en particulier du succès de la grève du 15 mai et de la manifestation du 18 mai).
Les formulations ne nous protègent pas des coupes budgétaires annoncées qui visent en particulier le lycée, mais n’y font pas référence pour cadrer les discussions.
Sans naïveté, mais avec détermination, le SNES, lors des 2 rencontres avec le cabinet du ministre, a pesé pour les faire évoluer et pour qu’elles constituent un point d’entrée acceptable dans des discussions.
Dans la version ci-dessous du texte définitif, les passages surlignés sont les points les plus importants qui ont évolué entre les deux rencontres. A la fin du texte, vous trouverez une analyse rapide des évolutions qu’elles représentent.
POINTS DE CONVERGENCE (1) SUR LES OBJECTIFS ET LES PRINCIPES DIRECTEURS
DE LA REFORME DU LYCEE
Le lycée est un élément structurant dans le déroulement de la scolarité des élèves. Il conserve le prestige attaché au fait qu’il délivre le baccalauréat, premier grade universitaire. Mais dans son organisation comme dans ses modes de fonctionnement il doit mieux correspondre aux attentes des lycéens et aux exigences du temps présent.
Son évolution est un enjeu majeur pour les élèves, les familles et les enseignants. Aussi est-il apparu nécessaire de rechercher le consensus le plus fort du corps social autour du concept d’un nouveau lycée. Le présent document précise les points de convergence à partir desquelles le ministre et les syndicats engageront des discussions sur la réforme du lycée.
Objectifs
1/ Garantir la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur
Aujourd’hui, seuls 45% des bacheliers inscrits en licence LMD parviennent en troisième année sans redoubler et plus de 20% des étudiants interrompt son cursus universitaire au cours des deux premières années. Cet échec prend racine au lycée qui doit mieux préparer ses élèves à réussir dans l’enseignement supérieur. C’est pourquoi le premier objectif de la réforme du lycée est de contribuer à diminuer par trois en cinq ans le taux d’échec dans le premier cycle de l’enseignement supérieur de façon à atteindre l’objectif de 50 % de diplômés de l’enseignement supérieur fixé par le rapport annexé de la loi pour l’avenir de l’école d’avril 2005. Il est également de promouvoir l’accès aux IUT, STS et CPGE.(2)
2/ Assurer la réussite scolaire de tous les élèves au lycée
Près de 15 % des élèves sont obligés de redoubler la classe de seconde ; l’échec scolaire au lycée et dans l’enseignement supérieur concerne massivement les catégories socioprofessionnelles les plus défavorisées. A cela s’ajoute une hiérarchisation implicite des filières générales et technologiques du lycée reproduisant trop directement la hiérarchie sociale. Le second objectif de la réforme du lycée est de réduire le poids des déterminismes sociaux en aidant tout particulièrement les élèves les plus fragiles à réussir leurs études par une offre éducative adaptée.
3/ Permettre à chaque élève de mieux choisir son orientation
Aujourd’hui l’orientation et l’affectation(3) des élèves au lycée ne donne pas satisfaction, comme en témoigne le taux élevé d’échec dans certaines voies de l’enseignement supérieur, le déséquilibre entre les débouchés réellement offerts par les différentes filières des voies technologiques et générales, le trop grand nombre d’orientations par défaut entraînant, après l’entrée au lycée, trop souvent des sorties précoces et sans qualification reconnue du système scolaire. Le troisième objectif de la réforme du lycée est d’en faire le lieu d’une réelle liberté de choix des lycéens en évitant l’enfermement trop précoce dans des filières par la mise en place d’une diversité et d’une souplesse plus grandes des parcours offerts ainsi que par un meilleur accompagnement des élèves.
C’est dans ce cadre que la spécificité de la voie technologique sera prise en compte(4).
4/ Rechercher de nouveaux espaces d’autonomie aux établissements.
Aujourd’hui les marges d’autonomie des établissements sont trop réduites pour leur permettre de proposer des adaptations significatives aux particularités de leur public scolaire, au besoin d’autonomie et d’accompagnement que souhaitent les lycéens. Le quatrième objectif de la réforme du lycée est de redéfinir les modalités de fonctionnement des établissements scolaires de façon à installer les conditions d’une amélioration de l’autonomie(5) et de renforcer la capacité des équipes d’enseignants à renouveler l’organisation des enseignements ainsi que l’accompagnement et le suivi des élèves.
Principes directeurs
Une nouvelle approche de l’organisation des études pour les lycéens
4/ Un nouveau contrat entre le lycée et les élèves
Toutes les conséquences relatives à l’allongement des parcours scolaire des jeunes doivent être tirées : pour un nombre croissant d’entre eux le lycée est une étape vers la poursuite d’études dans l’enseignement supérieur. Il faut que le lycée s’adapte à cette évolution : tout au long de sa scolarité, le lycéen doit pouvoir se préparer à devenir étudiant en développant le travail personnel autonome, la capacité de recherche documentaire et la maîtrise du travail en groupe.
5/ Un nouveau cadre de travail personnalisé
Le cadre de travail des lycéens doit être renouvelé de façon à rendre possible une plus grande personnalisation des parcours scolaires. Aussi on explorera, pour en tirer parti, les perspectives ouvertes notamment par une modularité de l’enseignement pour faciliter la progressivité et la diversification des situations d’apprentissage entre élèves et enseignants. Il conviendra ainsi de mieux différencier le temps destiné aux cours proprement dits, de celui qui pourra être consacré au travail sur projet, à la remise à niveau ou à l’approfondissement, et du temps dégagé pour l’accompagnement éducatif.
6/ De nouvelles modalités pour la remise à niveau
La remise à niveau des élèves devra se faire selon des modalités plus souples qui seront organisées dans le cadre d’une diversification du temps global de l’élève (temps scolaire et périscolaire) à l’intérieur de l’établissement de façon à ce que le redoublement constitue un ultime recours.
Une nouvelle organisation des parcours scolaires des lycéens
L’architecture d’ensemble du lycée aura pour finalité de tenir compte à la fois du souhait d’autonomie et d’accompagnement personnalisé exprimé par les lycéens ainsi que de la nécessité d’une plus grande ouverture des établissements vers l’enseignement supérieur. Les pistes suivantes seront explorées :
7/ Décloisonnement et spécialisation
Les nouveaux parcours devront prendre appui sur une seconde de détermination qui sera repensée de façon à conforter les acquis disciplinaires et méthodologiques des élèves sortant du collège tout en organisant l’exploration et la découverte progressives des domaines de spécialisation ou d’approfondissement qui leur seront offertes par le cycle terminal du lycée. Celui-ci devra proposer aux élèves les savoirs structurants et les différenciations pertinentes pour leur permettre de se spécialiser en vue de leur poursuite d’études dans l’enseignement supérieur.
8/ Un parcours ajustable aux aspirations, besoins et capacités
La recherche de sens, l’aspiration à l’autonomie personnelle et à la liberté de choix se conjuguent, chez les lycéens d’aujourd’hui, avec le besoin d’accompagnement et la recherche de soutien et de conseil. L’organisation des études au lycée devra davantage tenir compte de l’évolution du rapport que les lycéens entretiennent avec le savoir et les adultes, comme de leur positionnement dans la société. Il faudra veiller à ce que les parcours proposés offrent davantage de souplesse et prennent mieux en compte les aspirations et les besoins des élèves.
9/ Des possibilités de passerelles et de réorientation
Enfin il faudra veiller à ce que les réorientations et les changements de parcours soient plus faciles à organiser que dans la situation actuelle du lycée.
Une nouvelle conception du métier d’enseignant
Afin d’accompagner la transformation du lycée, il faut réfléchir à l’évolution en parallèle des pratiques professionnelles des enseignants et à leur reconnaissance en fonction des missions exercées.
10/ Installer de nouvelles relations avec les élèves
Les lycéens souhaitent d’autres relations avec leurs enseignants que le cours dont l’importance reste toutefois fondamentale. C’est pourquoi le service des enseignants devra mieux intégrer, en les articulant, la diversité des situations éducatives : cours, soutien et remise à niveau, projets interdisciplinaires, aide personnalisée, contribution au suivi et à l’orientation(6), préparation méthodologique aux études supérieures.
11/ Développer le travail en équipe
Le travail en équipes disciplinaires et interdisciplinaires sera développé et reconnu, ainsi que le travail conduit dans le cadre du conseil pédagogique dont les missions seront précisées et les modalités de désignation seront réétudiées. (7)
12/ S’appuyer sur la liberté pédagogique
Conformément à la loi, la liberté pédagogique des enseignants s’exercera pleinement afin de mettre en place des approches renouvelées de l’enseignement dans un cadre plus souple et plus adapté aux besoins et aux aspirations des lycéens.
13/ Renforcer les liens avec l’enseignement supérieur
La préparation des lycéens à l’enseignement supérieur en termes de méthodologie et d’information sur l’orientation supposera de développer les liens des enseignants de lycée avec l’enseignement supérieur selon des modalités à définir : services partagés, échanges de service avec des enseignants de l’université, formation continue à l’université, mise en place au lycée de référents pour l’enseignement supérieur (universités, IUT, STS et CPGE) suivi pédagogique et encadrement d’étudiants de première année par des professeurs en poste au lycée.
Une modernisation du fonctionnement des établissements
14/ Une offre équitablement répartie entre les établissements
Actuellement la carte des options et l’offre éducative dans les domaines du soutien ou de l’approfondissement sont concentrées de façon aléatoire et ont tendance à accroître les inégalités entre territoires et entre élèves. Une offre équitable doit pouvoir être offerte à toutes les familles.
15/ De nouvelles conditions pour l’autonomie
La personnalisation des parcours et l’ouverture du choix des élèves supposent une capacité d’auto-organisation des établissements dont les limites doivent être définies. Pour la mise en œuvre de ces objectifs et des nouvelles modalités pédagogiques induites, les ressources entrant dans l’allocation aux établissements comprendront :
▪ Les horaires d’enseignement définis nationalement (8)
▪ Les ressources liés aux projets pédagogiques des établissements
▪ Les moyens organisationnels des établissements permettant le fonctionnement des équipes enseignantes.
la proposition initiale était « position commune »
La proposition initiale inscrivait le lycée comme une sorte de « propédeutique » de l’Université et passait sous silence toutes les formations supérieures du lycée, excluant aussi de fait les possibilités de poursuite d’élève de LEGT dans les STS, voir dans les IUT.
Cet ajout ne fait pas porter à l’orientation la seule responsabilité de l’échec dans les premières années de l’Université.
Le SNES a pesé pour que la voie technologique soit reconnue dans sa spécificité et que la réforme envisagée ne se traduise pas par une fusion ou une dilution dans la voie générale.
La version initiale parlait d’une « véritable autonomie » et le titre était « donner » au lieu de « rechercher », laissant entendre l’élargissement de l’autonomie actuelle des établissements.
La formulation initiale était « conseil en orientation ».
Laporte est désormais ouverte à la remise en cause de la mesure la plus inacceptable concernant le conseil pédagogique (nomination des membres par le chef d’établissement).
Le SNES a fait acter « les horaires définis nationalement »